Automobile - Stratégies

Le modèle amish vaut-il mieux que le modèle start-up?

https://www.mediapart.fjournal/culture-idees/280920/le-modele-amish-vaut-il-mieux-que-le-modele-start?page_article=2
Quel rapport à la technique entretiennent Emmanuel Macron et les écologistes ? Selon l’historien François Jarrige, l’offensive en cours sur la 5G atteste la résurgence de l’idée de progrès, ainsi que l’incapacité d’inventer des rapports sociaux moins destructeurs de notre environnement.
Un moratoire et un débat. Voilà ce qu’ont réclamé une soixantaine d’élus, dont de nouveaux maires écologistes, à propos du déploiement de la 5G, cette technologie permettant d’augmenter le débit de données sur la téléphonie mobile. Emmanuel Macron a clos la discussion en les taxant d’« Amish ».
Quelles conceptions de la technique se font donc face dans cette controverse ? Si le président de la République semble rejoindre les intérêts économiques les plus puissants et les visions les plus naïves du progrès, la remise en cause du progrès à tout prix est-elle récupérable par des mouvements conservateurs ?
📷 François Jarrige. © DR Nous abordons ces questions avec l’historien François Jarrige, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne et spécialiste des « technocritiques ». Son œuvre a contribué à « défataliser » l’histoire des choix techniques opérés par nos sociétés depuis l’ère industrielle, notamment en matière énergétique.
Avec malice, il conteste la supériorité naturelle du « modèle start-up » sur le « modèle amish ». Il décrit surtout la relance d’une promesse de progrès par la technique à partir du secteur du numérique. Face à cette offensive modernisatrice, l’écologie politique est prise dans une tension entre la fidélité à ses inspirations originelles et les exigences de la compétition électorale.
À propos de la 5G, le président de la République a choisi de réduire le débat à un conflit entre partisans du progrès et adeptes de la « lampe à huile » et du « modèle amish ». Comment comprenez-vous cette sortie de la part de quelqu’un qui se targue aussi de défendre l’environnement sur la scène internationale ?
François Jarrige : Cette petite phrase est à la fois anecdotique et révélatrice d’enjeux fondamentaux. Il y a trois manières complémentaires de la lire. Premièrement, il s’agit d’une phrase provocatrice, destinée à disqualifier des opposants politiques qui ont le vent en poupe. C’est l’aspect politicien de l’affaire, qui est aussi le moins intéressant.
Deuxièmement, cette phrase sert une rhétorique de la modernité dont Emmanuel Macron se veut le champion. Il ne la prononce pas devant n’importe qui mais devant un public qu’il courtise et dont il emprunte le langage, au moins depuis qu’il a été ministre de l’économie. On parle ici de grandes figures des start-up, de plus ou moins jeunes industriels du numérique, totalement technophiles, imprégnés d’une version très naïve de l’idée de progrès. Des années de philosophie des sciences ont beau aller à rebours de cette conception, cela n’empêche pas Macron de l’embrasser tant il veut apparaître comme le chef de la « tech française ». En plus de ses intérêts politiques, le président défend aussi ses intérêts sociaux.
Troisièmement, et encore plus profondément, cette phrase illustre à quel point nous assistons à une relance modernisatrice de l’idée de progrès autour des technologies du numérique. On retrouve, comme lors du XIXe siècle industriel, une identification du progrès au progrès des techniques, qui apparaissent comme une condition pour se projeter dans l’avenir. Et derrière cette idée du progrès, qui a toujours été en lutte permanente avec d’autres conceptions, il y a bien sûr des intérêts économiques très puissants. Loin de la mort de l’idée de progrès, on assiste à sa résurgence continue. Outre la 5G, ont ainsi été faites d’autres annonces concernant les smart cities, la filière hydrogène, etc.
Quels sont les intérêts et les croyances qui nourrissent cette résurgence ?
Cette fuite en avant me fait penser à ce que Evgeny Morozov a appelé le « solutionnisme technologique ». Nos problèmes collectifs sont censés être résolus par un recours croissant à l’innovation technique. En fait, ce recours révèle surtout que nous sommes incapables d’inventer d’autres rapports sociaux moins destructeurs du monde et de l’humanité.
Les responsables politiques sont très tentés d’adopter ce solutionnisme technologique, car ils donnent ainsi l’impression qu’ils peuvent agir sur le réel, alors que les crises que nous connaissons sont beaucoup plus systémiques et complexes à gérer. Cela tue le débat, que l’on devrait pourtant avoir sur nos choix techniques. Car évidemment que nous vivons et que nous avons besoin d’outils et d’équipements ! Il reste que le type de technique qu’on retient a des conséquences majeures. Il implique un type d’organisation sociale et politique, ainsi qu’un type de rapport à l’environnement, dont les incidences sont variables.
À cet égard, j’aurais presque envie de réévaluer le fameux « modèle amish » fustigé par le président de la République. De qui parle-t-on ? D’un groupe religieux persécuté en Europe, qui a développé des communautés rurales autarciques aux États-Unis. Ils ne sont pas contre la technique en général (en tout cas, ils sont certainement moins consommateurs passifs de la technique que vous et moi), mais pensent que les choix techniques doivent être subordonnés à des fins supérieures. En l’occurrence, il s’agit pour eux d’une conception de Dieu, de la tradition, de la préservation de leur identité… Mais on peut appliquer ce modèle en se fixant plutôt comme fins sociales l’égalité sociale et la préservation d’un monde vivant pas totalement détruit.
Débarrassé de ses scories théologico-politiques, le modèle amish vaut sans doute mieux que le modèle start-up, dans lequel le choix technique n’est encadré que par le marché.
Le confinement témoignait du fait que la prise en compte du risque faisait partie de l’horizon des gouvernants, quitte à assumer un coût économique considérable. Mais dès qu’il s’agit des innovations techniques telles que la 5G, ce raisonnement semble s’évanouir. Pourquoi ?
Parce que les risques ne sont pas de même nature. C’est vrai que l’on vit dans une société de l’hypersécurité sanitaire. Et avec le Covid, l’arbitrage est apparu assez simple : il s’agissait d’éviter des morts, ou d’assumer les conséquences de ne rien faire. Le politique a pris ses responsabilités, même s’il faut rappeler que durant cet épisode, les grands acteurs économiques mondiaux s’en sont bien sortis, et que les plus grandes victimes vont être les salariés, les plus précaires et les jeunes entrant sur le marché du travail.
En comparaison, les controverses techniques sont toujours plus complexes. Il est plus difficile d’emporter la conviction de la masse en invoquant des risques potentiels, que dans le cas d’une pandémie documentée par les médecins et les biologistes. Dans ce match déséquilibré, ceux qui imposent leur point de vue sont généralement les plus puissants, ceux qui ont le plus de ressources financières et médiatiques. Dans le cas de la 5G, on voit des choses bien connues : des conflits d’intérêts, une alliance entre un champ scientifique proche des milieux industriels et des acteurs économiques qui veulent des parts de marché, ainsi que des élus qui veulent montrer qu’ils peuvent agir.
📷 © La Découverte Quelles sont les singularités de la controverse de la 5G en comparaison à d’autres moments de remise en cause des choix techniques imposés à la société ?
On observe d’abord beaucoup de points communs avec toutes les fois où une grande infrastructure technique a été présentée comme réponse aux crises du moment.
Depuis la construction des grands réseaux de chemins de fer en passant par les autoroutes et le TGV, on repère les mêmes motifs argumentatifs : l’invocation du prestige national, l’identification de l’innovation au mieux-être, et la tyrannie du retard (il faudrait maintenir notre position vis-à-vis des autres puissances). Et systématiquement, ces grandes infrastructures sont promues par des acteurs économiques très puissants, avec des responsables politiques à la remorque.
Ce qu’il y a de singulier, c’est que depuis dix ou quinze ans, on voyait s’exprimer une nouvelle prudence, des doutes et des interrogations concernant la consommation numérique. Or, c’est justement sur ce terrain qu’un discours de relance technique est apparu. Depuis la sortie du confinement en particulier, on le voit s’exprimer sur un mode très offensif, comme dans une sorte de « stratégie du choc ».
Ne soyons cependant pas dupes : les solutions censées régler les problèmes finissent par en créer de nouveaux, et l’effet rebond annule souvent les gains énergétiques par un recours plus abondant aux technologies censées faire diminuer notre consommation. Rappelons que dans les années 1970, l’automobile a été fortement remise en question. Les industriels ont annoncé que grâce à l’innovation technique, il n’y aurait plus de pollution automobile au début du XXIe siècle. Évidemment, celle-ci a explosé depuis 30 ans.

Il n’y aura pas de démocratie technique sans transformations plus profondes

Les responsables politiques, expliquez-vous, ont de fortes incitations à adopter le « solutionnisme technologique ». Avez-vous été surpris que des maires écologistes, qui sont sous pression de milieux économiques imprégnés de cette vision du monde, s’engagent aussi clairement dans la fronde contre la 5G ?
Un peu, car c’est complexe et risqué politiquement de s’opposer aux offensives industrielles que nous venons d’évoquer. Dans la mesure où il s’agit d’élus loin d’être des radicaux, difficiles à caricaturer en extrémistes technophobes, cela témoigne du poids des préoccupations qui parcourent la société.
Il est d’ailleurs intéressant d’observer la nature des réactions à leur position somme toute modérée et prudente. Ils ne font qu’appeler à une règle de précaution, en posant une question saine : y a-t-il urgence à transformer si rapidement les infrastructures du numérique ? Cela suffit à ce qu’ils soient renvoyés du côté des Amish parce que leur intervention contrarie la tentative des grands industriels d’absorber la question écologique avec de nouvelles promesses, quand bien même ils figurent déjà parmi les principaux responsables du dérèglement climatique.
Sur le long terme, au-delà de la controverse sur la 5G, comment décrire les liens entre l’écologie politique et les mouvements technocritiques ?
Il faut d’abord rappeler que la technocritique, qui consiste tout simplement à faire de la technique un enjeu de débat plutôt qu’une fatalité, peut se trouver sur l’ensemble du spectre politique. C’est vrai aussi qu’elle est intimement liée à l’émergence de l’écologie politique, c’est-à-dire le moment où l’écologie passe d’un discours scientifique sur les équilibres du système Terre à un discours politique sur les rapports sociaux.
Dans les années 1970, avec l’apparition de partis, d’associations et d’ONG qui s’inscrivent dans cette ligne, la question technique est fondamentale, en particulier concernant le nucléaire. Les maires écologistes actuels qui alertent sur la 5G sont aussi des héritiers de cette histoire. Ils reproduisent la tentative de politiser la question de la technique, qui a été dépolitisée depuis un bon siècle puisqu’elle était censée être neutre et relever de la connaissance de spécialistes.
Le problème, c’est que cette question fondamentale pour les écologistes constitue également un des principaux points de blocage à l’égard du reste de la société. Lorsque vous attaquez les grandes promesses de salut par la technique, vous vous en prenez au renouvellement incessant des marchandises, à l’imaginaire et aux intérêts très puissants de la production. Cela peut se révéler impopulaire et vous exposer à l’accusation d’irresponsabilité.
Comment les écologistes ont-ils géré cette tension ?
Au fur et à mesure de leur institutionnalisation, les écologistes ont alterné entre, d’un côté, une fidélité à leur conscience politique profonde, à l’héritage d’une pensée assez radicale sur la technique, et de l’autre, les nécessités de s’inscrire dans le paysage politique et médiatique. Depuis quarante ans, une négociation permanente entre ces deux positions a lieu, qui n’est pas pour rien dans leurs divisions récurrentes.
Schématiquement, les puristes s’opposent à ceux qui adaptent leur rhétorique aux contraintes de la compétition électorale pour mieux se faire accepter. Il y a évidemment un dégradé de positions liées à cette adaptation, jusqu’à un Yannick Jadot appelant à défendre les champions industriels européens de cette technologie. Mais d’une certaine façon, les « vrais » écologistes, au sens de ceux qui cherchent à penser des formes de vie différentes, ont déserté le paysage politique national.
Ce qui ajoute à la confusion, c’est que désormais, tout le monde se réclame de l’écologie, y compris les adeptes du solutionnisme technologique. Ceux qui étaient en fait d’anciens opposants à l’écologie se repeignent désormais en ses partisans les plus « pragmatiques », renvoyant l’écologie classique du côté de la barbarie. Certains arguments en faveur de la 5G sont tout à fait dans cette veine, en invoquant des gains énergétiques pour justifier la multiplication d’objets fabriqués de façon industrielle.
📷 Jacques Ellul (1912-1994). © DR Sans parler de barbarie, n’y a-t-il pas des potentialités réactionnaires dans la critique de la technique ? Certains intellectuels, regardant d’un œil méfiant l’influence d’un penseur comme Jacques Ellul chez certains écologistes contemporains, soulignent le risque d’une remise en cause de la modernité tout entière, ou de négliger la critique du mode de production capitaliste dans lequel s’insère la technique.
Je sais que la figure d’Ellul est sans cesse utilisée pour formuler ces critiques. Mais franchement, il ne mérite pas l’anathème et les caricatures faites à son propos. Oui, il a pu prendre des positions conservatrices en raison de sa position de théologien protestant. Pour autant, il est faux de dire qu’il critique « la technique » en général dans son œuvre : il a lui-même écrit que ce serait enfantin. Ce qu’il met en cause, c’est surtout « le sacré transféré à la technique », c’est-à-dire le geste consistant à en faire le moteur de tous les changements sociaux et politiques.
En critiquant le « bluff technologique », il ne sépare pas la technique des rapports de domination. Simplement, dans le contexte des années 1950 et 1960, il souligne à quel point les systèmes capitaliste et soviétique sont tous deux caractérisés par une fascination pour le gigantisme productiviste et technique. Il révèle une identité profonde de ces deux modèles, ce qui lui vaut les foudres des libéraux comme des communistes.
À cette époque, le débat sur les machines s’était déjà refermé depuis longtemps sur l’usage fait de ces machines. Il y a ceux qui font confiance au marché, ceux qui veulent en socialiser la propriété, ceux qui disent que la représentation de tous les intérêts en présence règlera les conflits… Mais la neutralité des techniques est une illusion, elles méritent donc un débat plus profond sur leur pertinence intrinsèque. Ce n’est pas parce que c’est nouveau, plus efficace ou plus puissant que c’est mieux.
Sans doute, mais on peut comprendre les craintes de voir des technocritiques être instrumentalisées par des conservateurs cherchant à « naturaliser » des rôles sociaux et reproduire des hiérarchies sociales. Quels critères se donner pour éviter de telles récupérations ?
C’est vrai que la critique de la technique peut nourrir des fantasmes de restauration d’un ordre ancien, avec ses limites rassurantes (du moins pour ceux qui n’en souffraient pas trop). Ceci dit, je n’observe pas de mouvement conservateur et technocritique qui soit massif. C’est vrai aussi qu’il y a toujours eu des critiques de la technique venues de la droite, mais d’autres généalogies existent à gauche, comme l’a montré Serge Audier dans La Société écologique et ses ennemis (voir notre entretien vidéo).
Il n’y a donc aucune fatalité à ce que tous les pans de la modernité soient emportés par la critique de certains de ses aspects les plus destructeurs de notre monde. On peut faire le tri entre des limites de droite et des limites de gauche à la marche du « progrès » : les premières sont excluantes et discriminantes, tandis que les secondes font disparaître des aliénations, favorisent l’égalité des conditions.
Sur quelles conditions et principes devrait reposer une authentique démocratie technique ?
En tant qu’historien, je rappellerai d’abord que jusqu’au milieu du XIXe siècle, alors que nous ne pouvions pas parler de sociétés démocratiques, les choix technologiques étaient davantage partagés et adaptés aux besoins locaux qu’aujourd’hui. L’idée même de technique, ou en tout cas de progrès technique, n’existait pas, elle était renvoyée à un savoir-faire, y compris en dehors du champ de la production.
C’est par la suite, parallèlement à l’industrialisation et à l’extraction croissante de ressources fossiles, que la technique est devenue l’objet d’une expertise, d’une compétence exclusive. Dans ce contexte, l’idée même de démocratie technique n’avait pas de sens car les techniques étaient censées être neutres et maîtrisables uniquement par la science. Cela a changé dans les années 1970 avec l’émergence de la problématique du risque, et le militantisme dont nous avons parlé, notamment s’agissant du nucléaire. Divers dispositifs ont été proposés par les États pour éclairer les élus et mieux prendre en compte la population.
Cependant, il est clair que quelques réformes institutionnelles, même beaucoup plus ambitieuses, ne suffiront pas. C’est l’ensemble des conditions de production et de diffusion des techniques qu’il faudrait changer. Cela s’avère beaucoup plus difficile qu’il y a deux siècles, tant les inégalités se sont creusées entre les usagers des techniques et ceux qui les fabriquent et les diffusent. Les décisions se prennent aujourd’hui à des échelles telles que les conférences-débats, ou même les controverses médiatiques, apparaissent dérisoires.
Le discours de Macron sur la lampe à huile, et sa façon de refermer le débat tout en prétendant qu’il aura lieu, est très révélateur. On nous serine que la pluralité des avis sera prise en compte, mais c’est du vent. Et pour cause : au-delà de la technique en tant que telle, la réponse aux crises de nos sociétés exige de transformer nos conditions de production, les règles du commerce international, notre rapport au monde vivant… Vouloir commencer par la démocratie technique, ou l’isoler de toutes ces dimensions, n’aurait pas de sens.
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La production pour le profit : anarchie et pillage - Capitalisme et réchauffement climatique (Part 2) (Mars 2016)

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Les ravages de l’impérialisme
Quels que soient véritablement les conséquences et le calendrier du réchauffement climatique, une chose est sûre : dans un monde dominé par le capitalisme impérialiste, ce sont essentiellement la classe ouvrière et les pauvres qui subiront les conséquences humaines les plus désastreuses – qu’il s’agisse de famines, de la désorganisation de la société ou de maladies. Les pays les moins développés, qui ont des infrastructures insuffisantes et de trop maigres ressources pour s’adapter aux nouvelles conditions climatiques, paieront un très lourd tribut. Le vrai coupable n’est pas tant le changement climatique que le système capitaliste mondial, qui impose aux pays semi-coloniaux des conditions inhumaines et prive leurs populations des moyens de défense les plus élémentaires, et pas seulement en temps de catastrophes.
L’impérialisme moderne, caractérisé par l’exportation de capitaux, s’est développé à la fin du XIXe siècle ; les frontières des Etats-nations s’avéraient trop étroites et confinées pour satisfaire les besoins des capitalistes en nouveaux marchés et en main-d’œuvre bon marché. Par le fer et par le sang, les pays avancés ont au fond partagé le monde en sphères d’exploitation en concurrence les unes avec les autres. Lénine a décrit ce processus dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme (1916), un classique du marxisme. Chaque classe capitaliste cherchant à défendre ses intérêts aux dépens de ses rivales, les impérialistes se sont embarqués dans une série de conquêtes et de guerres coloniales, dont la Première Guerre mondiale et la Deuxième ont été les points culminants.
Les classes capitalistes d’Amérique du Nord, d’Europe et du Japon exploitent non seulement leur propre classe ouvrière mais aussi les masses opprimées d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, bloquant ainsi tout développement économique et social pour l’immense majorité de l’humanité. Les écologistes citent l’exemple du Sahel en Afrique sub-saharienne comme preuve de l’ampleur des conséquences du réchauffement climatique. Cette région, qui s’étend de l’océan Atlantique au Soudan, connaît depuis plus de quarante ans des sécheresses et des précipitations irrégulières. Il est vrai que la désertification rapide du Sahel, majoritairement peuplé d’éleveurs nomades et de paysans, a exacerbé la concurrence pour la terre entre les nombreux groupes ethniques de la région. Mais le fait que le Sahel s’enfonce dans la pauvreté, la famine et la misère est au fond un phénomène créé par l’homme : c’est une conséquence de la domination impérialiste.
En Afrique, une petite partie seulement des terres sont actuellement arables. Pour développer l’agriculture africaine, il faut construire des systèmes d’irrigation, assécher les marais et assainir les régions insalubres. Mais de telles mesures resteront impensables tant que le continent sera pris dans l’étau du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale. Le colonialisme a conduit l’Afrique dans une impasse en la forçant à spécialiser son agriculture dans les produits tropicaux destinés à l’exportation afin de pouvoir rembourser une dette usuraire (dette d’ailleurs accumulée dans une large mesure pour importer massivement des produits alimentaires). La destruction de l’Etat ouvrier bureaucratiquement déformé soviétique en 1991-1992 a considérablement aggravé la dévastation du continent africain. L’Union soviétique constituait en effet le principal contrepoids à l’impérialisme américain et elle fournissait une aide importante à divers régimes du tiers-monde.
Tant que durera le capitalisme, il continuera à provoquer des famines à grande échelle et autres fléaux, comme les épidémies de maladies évitables causées par le manque d’infrastructures sociales de base (égouts, alimentation en eau potable, etc.). Même si le réchauffement climatique produit par l’homme était stoppé d’une façon ou d’une autre sous le capitalisme, les déprédations impérialistes continueraient sans relâche. Ceci a notamment comme conséquence que des milliards de personnes resteraient vulnérables aux changements climatiques « naturels », aux fluctuations régionales des cycles saisonniers, aux « événements météorologiques extrêmes » comme les ouragans et autres catastrophes naturelles. Le tremblement de terre qui a touché Haïti en janvier 2010 en est l’illustration : le nombre de victimes – environ 250 000 personnes – est le résultat de l’oppression impérialiste à laquelle est soumis depuis plus d’un siècle ce pays extrêmement pauvre, une oppression qui l’a laissé complètement à la merci des effets du séisme. A Port-au-Prince, les bâtiments mal construits se sont tout simplement écroulés ; aujourd’hui environ 1 500 000 Haïtiens vivent toujours sous des tentes de fortune.
La lutte pour le renversement révolutionnaire de l’ordre capitaliste décadent est une question de survie pour l’humanité. Une petite preuve de la supériorité d’une économie collectivisée sur le système capitaliste de production pour le profit est la façon dont Cuba, un Etat ouvrier déformé, a su protéger sa population d’ouragans dévastateurs. Quatre ouragans ont frappé Haïti en 2008, faisant 800 morts. Deux de ces tempêtes ont également traversé Cuba, entraînant la mort de quatre personnes. Malgré la mauvaise gestion bureaucratique de l’économie et la relative pauvreté du pays – aggravée par plus de quarante ans d’embargo économique américain –, Cuba est connue pour l’efficacité avec laquelle sont évacués ses habitants lors de catastrophes naturelles de ce genre : le gouvernement diffuse rapidement des prévisions météorologiques, il éduque et mobilise la population et organise l’hébergement d’urgence, les moyens de transport, l’approvisionnement en produits alimentaires ainsi que l’assistance médicale.
Spéculation et protectionnisme
Même si beaucoup de militants radicaux écologistes se considèrent anticapitalistes, toutes les variantes de l’écologisme sont des expressions de l’idéologie bourgeoise – elles proposent des correctifs sans remettre en question la pénurie et la société de classe. Les « solutions » au réchauffement climatique préconisées par de nombreux écologistes se basent sur le marché et elles ont la faveur des gouvernements capitalistes un peu partout dans le monde. Leur pièce maîtresse est le système dit « de plafonnement et d’échange » (plafonnement des émissions et échange des droits d’émission), qui est appliqué aujourd’hui dans toutes les économies européennes. Ce programme fixe une limite généreuse à la quantité de gaz à effet de serre que les entreprises sont autorisées à émettre (« plafonnement »). Celles d’entre elles dont les émissions dépassent cette limite doivent acheter des crédits à celles qui émettent moins que leur niveau autorisé (« échange »). En fin de compte, c’est la classe ouvrière qui fait les frais de ce système, en premier lieu du fait des coûts plus élevés de l’énergie et des carburants. De même, si l’on instaurait une taxe carbone destinée à refléter le « coût social » des émissions sous forme de « prix », ce serait la classe ouvrière qui en supporterait le coût.
Les entreprises peuvent également éviter de réduire leurs émissions si elles investissent dans des mécanismes de « compensation » : des projets mis en place ailleurs, souvent dans des pays pauvres, et qui sont censés réduire la quantité de gaz à effet de serre présente dans l’atmosphère. Dans le cadre de l’un de ces projets, des familles rurales pauvres en Inde ont reçu des pompes à pédale pour irriguer leurs terres. Un autre projet encourage les Kenyans à utiliser des générateurs qui marchent au fumier. Des programmes de plantation d’arbres au Guatemala, en Equateur et en Ouganda ont perturbé les systèmes locaux d’approvisionnement en eau, obligeant ainsi des milliers de paysans à quitter leur terre sans avoir jamais reçu la compensation promise pour s’occuper des arbres. Les écologistes occidentaux peuvent peut-être « compenser » leur sentiment de culpabilité libérale de vivre une vie confortable en soutenant de tels programmes, mais dans le tiers-monde, le résultat final n’est autre qu’une paupérisation accrue des masses.
Le système « de plafonnement et d’échange » est devenu un nouveau terrain de spéculation. Certains fabricants de produits chimiques, comme la société DuPont, ont accru leur production d’un certain réfrigérant, le HFC-23 (un gaz à fort effet de serre), dans le but d’en incinérer un sous-produit de fabrication et de toucher ainsi une grosse somme en « compensation ». Le « marché carbone » promet aussi de devenir un nouveau terrain de jeu gigantesque pour les spéculateurs, les virtuoses du capital-risque et les banques d’affaires – un peu comme celui des créances hypothécaires qui a précipité l’implosion de l’économie mondiale. Plus de 130 milliards de dollars se sont échangés sur le marché mondial du carbone en 2009.
L’écologisme va aussi de pair avec le chauvinisme, ce qu’illustre le soutien des écologistes aux mesures de protectionnisme commercial. Si les principaux acteurs de la conférence de Copenhague étaient arrivés à un accord, cela aurait certainement eu comme conséquence un regain de protectionnisme. Comme l’a fait remarquer Michael Levi dans Foreign Affairs (septembre-octobre 2009) : « En dehors des sanctions commerciales et autres pénalités désagréables, le monde a peu d’options efficaces pour faire appliquer les engagements pris pour réduire les émissions. » En effet, la législation environnementale a longtemps servi de couverture pour imposer des droits de douane, une pratique bien établie dans les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Historiquement, le protectionnisme a provoqué en représaille des guerres commerciales, qui ont une fâcheuse tendance à se transformer en guerres tout court.
Le président de la Commission européenne a menacé en 2009 d’imposer une taxe sur les produits en provenance des Etats-Unis et d’autres pays non signataires du protocole de Kyoto, ceci afin de protéger les entreprises européennes. Aux Etats-Unis, la version du projet de loi présenté par le Parti démocrate à la Chambre des représentants pour instaurer un système « de compensation et d’échange » inclut une disposition qui prévoit une taxe sur les importations en provenance des pays qui n’auraient pas réduit leurs émissions d’ici 2020. L’industrie sidérurgique américaine appelle déjà à des sanctions contre les producteurs d’acier chinois si la Chine ne s’engage pas à réduire ses émissions de carbone. Emboîtant le pas aux aciéristes américains, les bureaucrates chauvins et anticommunistes du syndicat des ouvriers de la sidérurgie United Steelworkers ont porté plainte contre la Chine pour violation des règles de l’OMC parce qu’elle subventionne les exportations de panneaux solaires, d’éoliennes et autres équipements d’« énergie propre ». Le protectionnisme donne de la crédibilité à l’idée mensongère que dans chaque pays les travailleurs sont liés à leurs exploiteurs par des « intérêts nationaux » communs ; c’est du poison pour la solidarité internationale de la classe ouvrière.
Le protectionnisme visant les importations d’éthanol de canne à sucre en provenance du Brésil et d’autres pays fait aussi partie intégrante du plan du gouvernement Obama pour l’« indépendance énergétique » des Etats-Unis. En qualifiant la dépendance des Etats-Unis envers le pétrole du Proche-Orient de talon d’Achille de l’Amérique, Obama n’a laissé planer aucun doute sur le fait que l’« indépendance énergétique » est un cri de ralliement pour accroître la capacité de l’impérialisme américain à réaliser ses ambitions militaires et économiques dans le monde entier, grâce à la diversification de ses ressources énergétiques et une meilleure maîtrise de celles-ci.
Ce n’est pas par hasard que des groupes comme Greenpeace reprennent à leur compte le slogan de l’« indépendance énergétique ». Les principales organisations politiques écologistes, les partis « verts », sont des partis capitalistes de deuxième ordre hostiles au prolétariat. Aux Etats-Unis, les Verts jouent un rôle de groupe de pression libéral sur le Parti démocrate. Ce parti compte dans ses rangs des apôtres de l’écologisme comme Al Gore qui, à l’époque où il était vice-président sous Bill Clinton, a contribué à la mise en œuvre des sanctions pour affamer les Irakiens, ainsi qu’au bombardement de la Serbie. En Allemagne, les Verts ont participé à une coalition gouvernementale capitaliste avec le Parti social-démocrate de 1998 à 2005. Durant cette période, les écologistes allemands ont fait écho sur le thème de la « lutte contre la surpopulation » aux discours de l’extrême droite et à son racisme anti-immigrés. Joschka Fischer, ministre vert des Affaires étrangères, a déployé l’armée allemande en dehors des frontières (pour la première fois depuis le Troisième Reich de Hitler) pour participer aux guerres menées par les Etats-Unis contre la Serbie et l’Afghanistan.
La montée du capitalisme vert
L’écologisme n’est en aucune manière hostile à la production pour le profit. Comme le fait remarquer l’auteur d’un article du New York Times (21 avril 2010) intitulé « 40 ans après, la Journée de la Terre est une affaire de gros sous » : « L’hostilité aux entreprises était telle, au moment de la première édition de la Journée de la Terre en 1970, que les organisateurs n’avaient accepté aucune subvention de la part des grandes entreprises et qu’ils proposaient des séminaires pour “tenir tête aux chefs d’entreprise et de gouvernement dans les débats”. Quarante ans plus tard, la Journée de la Terre est devenue un événement marketing branché pour vendre tout un éventail de biens et de services, comme des fournitures de bureau, des yaourts grecs et des produits éco-dentaires. »
La rhétorique « écolo » n’a jamais été aussi présente qu’aujourd’hui dans les conseils d’administration des entreprises. En 2009, une légion de grandes entreprises avaient quitté la chambre de commerce américaine pour protester contre son déni total du réchauffement climatique. Cette attitude reflétait des intérêts divergents au sein de la bourgeoisie américaine. Plusieurs grandes entreprises ont décidé d’adopter une politique de « neutralité carbone », comme le géant de l’Internet Google, qui se flatte de construire des centres de données « éco-énergétiques » et d’investir dans des installations solaires et des parcs éoliens.
Lord Browne, ex-directeur général de British Petroleum (BP), avait contribué au milieu des années 1990 à lancer cette mode en faisant passer l’amélioration des rendements pour des réductions d’émissions et en faisant tout un battage là-dessus à coups de communiqués de presse. Aux Etats-Unis, les homologues de Browne injectaient des millions de dollars dans les caisses de la « Global Climate Coalition », l’un des groupes industriels les plus ouvertement opposés à la réduction des émissions. Browne au contraire flairait les subventions et les avantages fiscaux qui allaient découler du consensus occidental naissant selon lequel les émissions de carbone étaient un problème. Il rebaptisa son entreprise « Beyond Petroleum », créa un nouveau logo « écolo » et entreprit de faire du producteur régional qu’était BP une compagnie pétrolière mondiale engagée aussi dans les énergies « alternatives ». Pendant ce temps, BP réduisait les coûts en utilisant des matériaux de construction bon marché et rognait sur les dispositifs de sécurité des plates-formes pétrolières, préparant ainsi le terrain pour de nombreux « accidents », comme l’explosion d’avril 2010 qui causa la mort de onze travailleurs et le déversement de millions de barils de pétrole dans le golfe du Mexique (voir « Désastre dans le golfe : la course au profit capitaliste tue », Workers Vanguard n° 961, 2 juillet 2010).
Même si les écologistes libéraux et les réformistes de l’ISO montrent BP du doigt parce que ce dernier cherche à « écoblanchir » son exploitation des combustibles fossiles, le fait est que Browne a été l’un des instigateurs du mouvement pour le « passage au vert ». L’attention médiatique qui a entouré le calculateur de consommation énergétique que BP avait posté en 2005 sur son site internet a contribué à populariser l’idée que chaque individu devait réduire son « empreinte carbone ». L’année suivante, Al Gore prescrivait dans son documentaire Une vérité qui dérange l’abandon de certaines habitudes de vie prétendument gaspilleuses : les gens devaient consommer moins, utiliser moins d’eau chaude, remplacer leurs ampoules à incandescence par des lampes fluo-compactes et gonfler correctement leurs pneus de voiture. L’Economist de Londres (31 mai 2007), porte-parole du capital financier, faisait remarquer sarcastiquement que « les choix économiques individuels ne feront pas l’ombre d’une différence pour l’avenir de la planète. On ne sauvera pas les ours polaires en éteignant les lumières. » Les sermons d’Al Gore sur la réduction de la consommation ne l’empêchent pas de profiter de sa somptueuse villa de Nashville ou de son jet privé.
« Faire plus avec moins » n’est pas franchement une option pour les ouvriers au chômage dans les friches industrielles de Detroit, ou pour les populations qui vivent entassées dans les bidonvilles de Calcutta. Les entreprises qui deviennent « neutres en carbone » n’amélioreront pas les conditions de travail sur les chaînes de montage, où les ouvriers risquent de perdre un membre ou même la vie parce que les patrons décident d’augmenter les cadences pour extraire un maximum de profit. Le recours à des sources d’énergie « alternatives » ne réduira pas les niveaux de pollution dans les quartiers pauvres et ouvriers. Les entreprises qui produisent de l’énergie, en revanche, s’en mettront plein les poches.
Toute tentative d’utiliser de façon rationnelle les ressources de la planète et d’éviter la dégradation à grande échelle de l’environnement se heurte nécessairement à l’anarchie de la production sous le capitalisme, un système qui repose sur la propriété privée des moyens de production (les usines, la technologie, la terre, etc.). Même si les usines individuellement peuvent être bien organisées, il n’y a pas de planification économique à l’échelle mondiale. Les décisions d’investissement, y compris pour la recherche et le développement, sont avant tout motivées par le profit.
Friedrich Engels, qui a fondé avec Karl Marx le socialisme moderne et scientifique, écrivait dans son essai inachevé de 1876 « Le rôle du travail dans la transformation du singe en homme » :
« Pourvu que individuellement le fabricant ou le négociant vende la marchandise produite ou achetée avec le petit profit d’usage, il est satisfait et ne se préoccupe pas de ce qu’il advient ensuite de la marchandise et de son acheteur. Il en va de même des effets naturels de ces actions. Les planteurs espagnols à Cuba qui incendièrent les forêts sur les pentes et trouvèrent dans la cendre assez d’engrais pour une génération d’arbres à café extrêmement rentables, que leur importait que, par la suite, les averses tropicales emportent la couche de terre superficielle désormais sans protection, ne laissant derrière elle que les rochers nus ? Vis-à-vis de la nature comme de la société, on ne considère principalement, dans le mode de production actuel, que le résultat le plus proche, le plus tangible. »
Pourquoi la question de l’environnement suscite-t-elle alors des inquiétudes de la part de nombreux porte-parole de la bourgeoisie ? D’abord parce qu’un capitaliste individuel va s’inquiéter s’il est démontré que la pollution industrielle affecte sa propre santé et pas seulement celle de ses esclaves salariés. Plus généralement, un nombre croissant de représentants politiques des capitalistes s’alarment face à la menace de perturbations économiques et sociales que fait peser le réchauffement climatique. Un article du New York Times (9 août 2009) intitulé « Le changement climatique considéré comme une menace pour la sécurité américaine » citait plusieurs experts militaires et spécialistes du renseignement qui évoquaient la possibilité, dans les prochaines décennies, « d’intervenir militairement pour faire face aux effets de tempêtes violentes, de sécheresses, de migrations de masse et d’épidémies ». Le Pentagone élabore déjà des plans pour sécuriser ses installations situées au niveau de la mer et fortifier les frontières pour empêcher l’entrée de réfugiés. Les discours du gouvernement sur la sauvegarde des intérêts américains sont une recette pour de nouvelles interventions impérialistes comme l’occupation d’Haïti, sous couvert de « porter secours aux victimes de la catastrophe » après le séisme de janvier 2010.
Ceux qui à gauche ne croient plus à une révolution socialiste prolétarienne n’ont plus rien d’autre à proposer que leurs propres scénarios catastrophe avec des stratégies réformistes impuissantes. Dans la New Left Review (janvier-février 2010), Mike Davis écarte la possibilité d’une « révolution mondiale », qualifiée de « scénario complètement irréaliste ». Il se résigne ainsi à accepter l’inévitabilité d’une catastrophe écologique imminente : « Au lieu de galvaniser l’innovation héroïque et la coopération internationale, les turbulences environnementales et socio-économiques croissantes risquent simplement de pousser encore plus les classes supérieures à se claquemurer frénétiquement pour s’isoler du reste de l’humanité […]. L’objectif serait de créer de vertes oasis de richesse permanente, entourées de murs, au milieu d’une planète dévastée. »
John Bellamy Foster, une vedette de l’« éco-socialisme », déploie tous ses efforts pour transformer Karl Marx en un proto-écologiste et pour vider le marxisme de son contenu révolutionnaire. Dans un article publié dans la Monthly Review (janvier 2010), il parle d’un « nouveau prolétariat environnemental » composé de petits paysans, d’habitants des bidonvilles sans travail et d’autres couches de la population du tiers-monde « directement exposées et qui seront les premières touchées par les catastrophes imminentes ». Ce « prolétariat » est présenté comme « le principal agent historique et l’initiateur d’une nouvelle ère de révolutions écologiques ». Cette notion prend clairement ses racines dans la « nouvelle gauche » des années 1960. Celle-ci rejetait l’idée que la classe ouvrière, dans les pays avancés comme dans le monde néocolonial, est la seule à pouvoir renverser l’ordre capitaliste et collectiviser les moyens de production. Après la disparition de la nouvelle gauche, de nombreux militants radicaux se sont réconciliés avec l’impérialisme et ont adhéré à l’une ou l’autre variante de la politique écologiste.
Il existe bel et bien un prolétariat dans les régions dont parle Bellamy : les mineurs de platine en Afrique du Sud, les ouvriers des chaînes de montage de l’industrie automobile en Inde et dans les usines aéronautiques au Brésil. Comme dans les pays capitalistes avancés, ce qui manque ce sont des partis ouvriers révolutionnaires, capables de mobiliser cette puissance sociale en se mettant à la tête des masses dépossédées des villes et des campagnes pour les mener vers une révolution socialiste.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/215/climat.html
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Mexique : Manifs de masse contre la hausse de l’essence

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Le Bolchévik nº 219 Mars 2017
Mexique : Manifs de masse contre la hausse de l’essence
Nous reproduisons la traduction d’un supplément du journal Espartaco de nos camarades du Grupo espartaquista de México (GEM) précédé d’une introduction de nos camarades américains parue dans Workers Vanguard (n° 1104, 27 janvier).
Des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue partout au Mexique depuis le 1er janvier pour protester contre le gasolinazo, l’annonce d’une augmentation pouvant aller jusqu’à 20 % du prix de l’essence décrétée par le gouvernement PRI (Parti révolutionnaire institutionnel) du président Enrique Peña Nieto. Cette attaque contre les travailleurs, les paysans et les pauvres du Mexique a provoqué les plus grandes mobilisations de toute l’histoire dans un certain nombre d’Etats fédéraux et de villes. Dans les Etats frontaliers des Etats-Unis, les manifestants ont à plusieurs reprises bloqué les gares de péage et les postes-frontières.
Le black-out médiatique quasi-total sur ces manifestations aux Etats-Unis n’est pas un hasard. La bourgeoisie impérialiste américaine s’inquiète visiblement de l’instabilité persistante au sud de la frontière et veut maintenir les travailleurs américains dans l’ignorance des luttes menées par leurs frères et sœurs de classe mexicains. La peur et la révulsion suscitées par le nouveau président Donald Trump, qui ne rate pas une occasion de dénigrer le peuple mexicain, est un facteur supplémentaire des protestations au Mexique. Les tirades protectionnistes de Trump ont déjà conduit Ford et General Motors à reconsidérer leurs investissements au Mexique. Pendant ce temps, le peso mexicain, déjà orienté à la baisse, a atteint son plus bas niveau historique ces dernières semaines après les déclarations contre le Mexique de Trump et de son nouveau ministre du Commerce. Le prolétariat multiracial des Etats-Unis a une obligation particulière de s’opposer aux déprédations du mastodonte impérialiste américain qui condamne des millions de travailleurs et de paysans mexicains à la faim et au chômage, que ce soit sous les administrations démocrates ou républicaines.
Le gasolinazo a été provoqué par la suppression progressive du contrôle des prix dans le cadre de la réforme du secteur de l’énergie approuvée par le Congrès mexicain en 2013. Cette réforme antisyndicale a ouvert aux investissements étrangers la PEMEX, la compagnie pétrolière nationalisée. La décision de vendre la PEMEX s’inscrit dans la vague de privatisations exigées par les capitalistes américains pour ouvrir le marché mexicain à un pillage impérialiste illimité. L’accord de libre-échange ALENA sert à cela depuis longtemps ; il a provoqué la dévastation des campagnes mexicaines et énormément accru la pauvreté dans les villes. Les travailleurs des Etats-Unis doivent s’opposer à l’ALENA par solidarité avec les exploités et les opprimés du Mexique. L’opposition prolétarienne et internationaliste à l’ALENA n’a rien de commun avec le protectionnisme chauvin de Trump et des chefs de l’AFL-CIO [la centrale syndicale américaine].
Les luttes pour des révolutions ouvrières au Mexique et aux Etats-Unis sont intimement liées, notamment par l’intermédiaire des millions d’immigrés mexicains qui constituent une composante importante du prolétariat des Etats-Unis. Pour surmonter les divisions entre les travailleurs nés aux Etats-Unis et les immigrés, divisions qui sont autant d’entraves pour la classe ouvrière, il faut lutter contre le racisme anti-immigrés attisé par les capitalistes, qu’ils soient démocrates ou républicains. Aucune expulsion ! Pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés !
L’augmentation allant jusqu’à 20 % du prix de l’essence décrétée par le gouvernement détesté d’Enrique Peña Nieto est la conséquence des privatisations ; elle condamne à la misère et à la faim les masses mexicaines déjà pauvres. Le gouvernement bénéficie du soutien du PAN [Parti d’action nationale, le parti de droite clérical] et de la majorité des députés du PRD [Parti de la révolution démocratique]. Si on la rapporte au salaire minimum, l’essence aujourd’hui au Mexique est parmi les plus chères du monde. On s’attend à une augmentation significative des prix des denrées alimentaires. Les tarifs des transports publics, déjà exorbitants notamment à l’extérieur de Mexico, ont déjà augmenté, ainsi que ceux de l’électricité.
S’ajoutant à la dégringolade du peso par rapport au dollar, il semble que le gasolinazo a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Depuis le 1er janvier, le mouvement de colère s’est étendu à tout le pays. Il y a eu des manifestations de masse dans des dizaines de villes – par exemple 20 000 personnes à Monterrey le 5 janvier, 40 000 à Mexicali le 15 et 60 000 à Guadalajara le 22. Le 22 janvier également, plus de 5 000 ouvriers, principalement membres de la section syndicale 271 du syndicat des mineurs et des sidérurgistes, ont manifesté dans la ville portuaire de Lázaro Cárdenas, dans l’Etat de Michoacán. Des terminaux de la PEMEX ont été bloqués dans au moins neuf Etats. Le nœud ferroviaire à la frontière entre l’Etat mexicain de Sonora et l’Etat américain de l’Arizona a été paralysé, ce qui a perturbé plusieurs jours durant les importations et exportations. Le gouvernement a réagi par un déploiement massif de policiers, les chiens de garde de la bourgeoisie. La répression a été brutale, avec plus de 1 500 arrestations et au moins cinq morts. Libération immédiate de toutes les personnes arrêtées !
Pour lutter contre cette crise provoquée par les capitalistes mexicains et leurs parrains impérialistes, il faut mobiliser la puissance sociale de la classe ouvrière, à la tête de tous les opprimés, contre ce système d’exploitation et d’oppression inhumain. La classe ouvrière, qui fait fonctionner tout le mécanisme du capitalisme industriel moderne, a une gigantesque puissance sociale qui provient de son rapport aux moyens de production. Le Grupo Espartaquista de México lutte pour construire un parti ouvrier révolutionnaire sur le modèle du Parti bolchévique de Lénine et Trotsky, qui a conduit au pouvoir le prolétariat en Russie pendant la Révolution d’octobre 1917. Dans cette perspective, nous avançons aujourd’hui un programme d’action prolétarienne basé sur des revendications faisant le lien entre les besoins immédiats des masses et la lutte pour détruire le système capitaliste tout entier par une révolution socialiste.
Contre l’austérité et le chômage, les travailleurs doivent exiger une échelle mobile des salaires pour compenser la hausse du coût de la vie ! Du travail pour tous grâce à la réduction de la semaine de travail sans perte de salaire ! Contre le gasolinazo et la paupérisation galopante, pour des comités de contrôle des prix, composés de délégués d’usines, des syndicats, des coopératives, des organisations paysannes et de la population pauvre des villes ! Contre le pillage impérialiste, la classe ouvrière doit lutter pour la nationalisation des industries clés comme l’énergie. Expropriation des banques, des compagnies de distribution d’eau, de gaz, d’électricité et de télécommunications, des transports et des ports !
Face à ces revendications, la bourgeoisie dira qu’elle ne peut pas donner du travail à tous ou assurer à toutes les familles une alimentation, un logement et des conditions de vie décentes, étant donné que cela écornerait ses profits. Cela montrera aux masses que le système capitaliste mérite de périr, et que pour imposer des mesures simples et rationnelles comme celles-ci il faut exproprier les expropriateurs, la bourgeoisie tout entière. Nous cherchons ainsi à diffuser un niveau de conscience révolutionnaire parmi les travailleurs et à détruire les illusions colportées par les populistes bourgeois du PRD et de Morena [le Mouvement pour la régénération nationale d’Andrés Manuel López Obrador, ancien candidat du PRD à l’élection présidentielle] : ceux-ci font croire que l’on pourrait réformer le système capitaliste pour le mettre au service des intérêts des exploités et des opprimés. Il faut abolir la propriété privée des moyens de production par une révolution socialiste qui instaurera un gouvernement ouvrier et paysan.
Trump et Peña Nieto : quand le maître congédie le laquais
Depuis des dizaines d’années, la bourgeoisie mexicaine et ses gouvernements obéissent servilement aux diktats impérialistes. Ils ont livré l’économie mexicaine à un pillage sans frein de la part de la bourgeoisie des Etats-Unis grâce à des privatisations massives, à l’élimination des subventions agricoles, à des attaques contre les syndicats et surtout grâce à l’ALENA, un traité mettant en coupe réglée le Mexique. En même temps, une poignée de capitalistes mexicains se sont enrichis dans l’ombre de leurs maîtres. Le résultat pour les masses ? Des campagnes dévastées et un désespoir croissant parmi les millions de paysans qui y vivent encore, et dont beaucoup appartiennent à des peuples indigènes misérables et opprimés. Sans compter un chômage de masse que dissimule à peine l’« économie informelle », et une dépendance accrue envers l’importation des produits alimentaires de base. La raison d’être de l’ALENA est de renforcer les impérialistes nord-américains face à leurs rivaux européens et japonais. Tandis qu’au Mexique l’ALENA n’a apporté qu’une misère affreuse et généralisée, aux Etats-Unis et au Canada il a servi aux bourgeoisies impérialistes d’instrument pour attaquer le niveau de vie de la classe ouvrière, provoquer des licenciements massifs et affaiblir gravement les syndicats.
Mais les maîtres impérialistes en réclament toujours davantage. En exigeant une renégociation de l’ALENA à l’avantage des impérialistes, sur la base d’un protectionnisme féroce, le démagogue raciste Trump semble vouloir abandonner ses laquais bourgeois mexicains à leur sort en exigeant une renégociation de l’ALENA à l’avantage des impérialistes. Mais il ne faut pas oublier un instant que c’est le démocrate Bill Clinton qui a été à l’initiative de l’ALENA et l’a signé. C’est sa femme Hillary, quand elle était ministre des Affaires étrangères d’Obama, qui a conçu le plan de privatisation du pétrole mexicain. Et c’est Obama, qui était jusqu’à récemment « expulseur en chef », qui a battu le record d’expulsions ordonnées par un président américain : plus de deux millions. Le Parti démocrate et le Parti républicain sont tous deux des partis de l’impérialisme américain.
Dans une déclaration commune publiée par la Spartacist League/U.S., la Trotskyist League/Ligue trotskyste du Canada et le Grupo Espartaquista de México, sections de la Ligue communiste internationale, nous écrivions : « La lutte contre l’ALENA est une bataille contre la domination du Mexique par l’impérialisme américain ». Nous ajoutions : « Nous appelons les travailleurs mexicains, américains et canadiens à s’unir pour s’opposer à ce pacte anti-ouvrier » (Workers Vanguard n° 530, 5 juillet 1991). Non seulement cela reste vrai un quart de siècle plus tard, c’est même devenu encore plus urgent.
Nous, trotskystes, ne tirons pas un trait d’égalité entre le protectionnisme dans les pays néocoloniaux, où il représente une mesure d’autodéfense nationale, et le protectionnisme des impérialistes, qui attise le chauvinisme et vise à renforcer la domination d’une ou l’autre bourgeoisie impérialiste. Nous sommes contre la privatisation du pétrole, qui a pris effet juridiquement il y a déjà trois ans, même si les investissements impérialistes tardent à se concrétiser. Nous disons : A bas la privatisation de l’industrie de l’énergie ! Dans le contexte de la nationalisation de l’industrie pétrolière décrétée en 1938, James P. Cannon, le fondateur du trotskysme américain, déclarait dans un discours prononcé la même année au Mexique :
« Nous savons que nous ne pouvons pas renverser les impérialistes d’Amérique sans l’aide des Latino-Américains qui sont opprimés par ce même impérialisme […]. « L’expropriation des compagnies pétrolières est un acte qui inspire les travailleurs du monde entier. Il est regrettable que vous soyez obligés de payer ces brigands qui ont volé au Mexique ses ressources naturelles. En principe, la Quatrième Internationale est en faveur de l’expropriation des capitalistes sans aucune compensation. Si le peuple mexicain doit verser des compensations, c’est parce qu’il n’a pas encore reçu suffisamment de soutien de la part des travailleurs aux Etats-Unis. »
La bourgeoisie mexicaine et les impérialistes cherchent, avec la privatisation, à casser le syndicat des ouvriers du pétrole – une privatisation que la bureaucratie procapitaliste du syndicat a soutenue de façon criminelle. Ceci montre la nécessité urgente de lutter pour une nouvelle direction des syndicats, une direction lutte de classe qui soit indépendante de tous les partis bourgeois, que ce soit le PRI, le PAN, le PRD ou Morena.
Pour un gouvernement ouvrier et paysan !
Les manifestations actuelles ont pour principal mot d’ordre, qu’on entend maintenant depuis plusieurs années : « Peña Nieto, dehors ! » Peña Nieto doit effectivement dégager. Mais son remplacement par un populiste bourgeois comme AMLO [Andrés Manuel López Obrador] ou ses anciens collègues du PRD (sans parler des réactionnaires cléricaux et néolibéraux du PAN) n’apportera aucune amélioration substantielle pour les masses exploitées et opprimées. En fait, la raison fondamentale que Peña Nieto a donnée pour justifier le gasolinazo était que le Mexique, un pays exportateur de pétrole, importe plus de la moitié de l’essence qu’il consomme. C’est un exemple de l’incapacité fondamentale de la bourgeoisie mexicaine à développer les forces industrielles du pays.
Indépendamment de qui est au gouvernement et sur quel programme, le Mexique capitaliste continuera d’être un pays néocolonial asservi par l’impérialisme, soumis aux crises des marchés et aux fluctuations erratiques du prix du pétrole brut. Comme l’explique Trotsky avec la théorie de la révolution permanente, il n’est pas possible de briser le joug impérialiste ni de satisfaire les besoins de la population sous le capitalisme.
Les bourgeoisies de tous les pays à développement capitaliste retardataire sont absolument incapables de rompre avec l’impérialisme. Comme nous l’a enseigné Lénine, l’impérialisme est un système mondial d’exploitation et d’oppression dominé par les grands monopoles du capital financier soutenus chacun par son propre Etat-nation avec son armée et sa marine. Du fait de la pénétration impérialiste, le Mexique est un pays au développement inégal et combiné, où les techniques de production modernes coexistent avec la misère et l’arriération rurales.
Indépendamment de leurs divergences idéologiques, les bourgeoisies du tiers-monde sont attachées aux impérialistes par des milliers de liens, et elles sont trop faibles pour briser leur propre subordination. L’intérêt de la bourgeoisie est toujours de créer du profit – le système capitaliste tout entier a pour objectif de remplir les poches d’une poignée de richards. La classe ouvrière est la seule classe qui a la puissance sociale et l’intérêt de classe nécessaires pour détruire le capitalisme. Sous la direction d’un parti d’avant-garde léniniste-trotskyste et grâce à la révolution socialiste, la classe ouvrière pourra remplacer le système capitaliste par un régime ayant pour but de satisfaire les besoins de la population.
Le cœur de l’Etat bourgeois, ce sont des bandes d’hommes armés (la police, l’armée, les tribunaux et les prisons) qui défendent le système d’exploitation capitaliste. Il faut le détruire et construire un nouveau pouvoir d’Etat qui défendra le pouvoir de la classe ouvrière comme nouvelle classe dominante, avec derrière elle les pauvres des campagnes et des villes. Seul un gouvernement de conseils d’ouvriers et de paysans pauvres peut satisfaire les aspirations des masses à l’émancipation sociale et nationale.
Notre perspective, c’est la révolution permanente. Dans ce cadre, nous savons que pour défendre de telles conquêtes et avancer sur la voie du socialisme il faut lutter pour l’extension internationale de la révolution, et plus particulièrement son extension au colosse impérialiste que sont les Etats-Unis. D’un autre côté, une révolution au Mexique aurait un effet électrisant sur le prolétariat multiracial des Etats-Unis. Tout comme les travailleurs mexicains doivent rompre avec les lâches nationalistes bourgeois dans leur propre pays et reconnaître dans le prolétariat des Etats-Unis leurs frères de classe, les ouvriers américains doivent comprendre que leurs intérêts coïncident avec ceux du prolétariat mexicain, et avec ceux des prolétaires de tous les pays ; ils doivent rompre avec la politique des bureaucrates syndicaux traîtres dont la loyauté va au Parti démocrate impérialiste.
Il faut libérer la puissance de la classe ouvrière derrière une direction lutte de classe !
La plus grande partie de l’industrie moderne et de l’industrie lourde mexicaine (à l’exception, jusqu’à présent, du pétrole et de l’électricité) résulte des investissements impérialistes et est orientée vers l’exportation, avant tout vers les Etats-Unis. Comme l’expliquait Trotsky dans « Les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste » (1940) : « Dans la mesure où le capital étranger n’importe pas de travailleurs mais prolétarise la population indigène, le prolétariat national joue rapidement le rôle le plus important dans la vie du pays. » La bourgeoisie crée son propre fossoyeur : l’ALENA a grossi les rangs du prolétariat industriel – le Mexique est par exemple aujourd’hui le quatrième exportateur mondial de voitures. Les économies mexicaine et américaine sont profondément imbriquées, et c’est quelque chose que la classe ouvrière peut utiliser à son avantage. Si les ouvriers de l’automobile mexicains faisaient usage de leur puissance sociale, ils pourraient paralyser tout l’appareil de production automobile des Etats-Unis.
Les syndicats sont actuellement affaiblis par l’offensive néolibérale qui dure depuis des années, et notamment par des défaites historiques comme la destruction du syndicat mexicain des ouvriers électriciens et les privatisations massives. En même temps, les manifestations actuelles sont politiquement dominées par des populistes bourgeois et (particulièrement à Mexico) par des éléments élitistes petits-bourgeois. Il est urgent que les syndicats se mobilisent pour défendre leurs propres intérêts et ceux de tous les pauvres. Des grèves menées par des secteurs puissants du prolétariat mexicain, comme le syndicat des mineurs ou celui des ouvriers du pétrole, pourraient faire trembler la faible bourgeoisie mexicaine et contrer les attaques de l’Etat bourgeois visant à affamer et réprimer la population. Il faut pour cela mener une lutte politique contre les bureaucraties procapitalistes qui enchaînent les syndicats aux partis et aux caudillos bourgeois, et les remplacer par une direction lutte de classe. Pour l’indépendance politique du mouvement ouvrier ! Pour commencer à affronter les attaques antisyndicales, il faut lutter pour syndiquer les non-syndiqués, y compris les salariés employés par des sous-traitants.
Le Grupo Internacionalista, comme les patrons, veut détruire le syndicat des ouvriers du pétrole
Le gouvernement est en train d’essayer de vendre des concessions pour les plates-formes pétrolières. Avec l’attaque actuelle, il cherche à lever le contrôle des prix sur les produits pétroliers pour augmenter la rentabilité des actifs dans ce secteur qu’il est en train de mettre aux enchères. Il doit démontrer à ses maîtres impérialistes qu’ils pourront tirer suffisamment d’argent du sang, de la sueur et des larmes des masses mexicaines. C’est également une attaque contre le syndicat des ouvriers du pétrole. Le journaliste de Televisa [une des grandes chaînes de télévision] Carlos Loret de Mola s’est répandu sur le fait que derrière le « chaos » provoqué par les « blocages et saccages » il y aurait la main de ce syndicat. Pour le quotidien El Financiero (16 janvier), celui-ci « est devenu une entrave au développement national ».
Le Grupo Internacionalista (GI) s’est joint aux porte-parole de la bourgeoisie qui soutiennent la campagne pour détruire le syndicat des ouvriers du pétrole. Loin de défendre ce syndicat contre la nouvelle offensive patronale, le GI affirme dans un tract récent (daté par erreur de janvier 2016) « le caractère bourgeois des "syndicats" charros, qui ne sont rien d’autre que des façades syndicales intégrées à l’Etat capitaliste et qui jouent le rôle d’une véritable police du mouvement ouvrier pour réprimer toute tentative de résistance des travailleurs ». Si on laisse de côté la rhétorique, pour le GI le caractère de classe des syndicats mexicains est déterminé par le parti bourgeois auquel ils sont liés. C’est ainsi que d’après le GI, les syndicats « bourgeois » seraient ceux qui soutiennent le PRI, tandis que ceux qui soutiennent les nationalistes bourgeois du PRD ou de Morena sont bien des syndicats « authentiques ». Mais la bureaucratie du syndicat des travailleurs du téléphone, par exemple, dirigé aujourd’hui encore par l’inamovible Francisco Hernández Juárez, qui a applaudi la privatisation de l’industrie du téléphone il y a 25 ans, est tout autant charra [vendue] que celle du syndicat du pétrole. Pourtant, pour le GI le syndicat des travailleurs du téléphone est un syndicat ouvrier « authentique ». Où est la logique dans ces fantaisies du GI ? Le détail clé, c’est qu’Hernández Juárez soutient le PRD tandis que Romero Deschamps [le dirigeant du syndicat du pétrole] soutient le mauvais parti bourgeois (le PRI).
Le GI a dû subrepticement « corriger » une version précédente de son tract, presque identique à quelques changements près. Il a ainsi modifié une phrase où il qualifiait par inadvertance les syndicats corporatistes de « syndicats » [sindicatos], qu’il traite désormais de « corporations » [gremios], avant d’ajouter : « Il faut dépasser le corporationnisme » [gremialismo]. Pour le GI, c’est une manière politiquement lâche de dire qu’il faut détruire les syndicats corporatistes de l’intérieur – c’est-à-dire de faire le sale boulot pour le compte des patrons. Le GI explique également dans la version révisée de son tract que « la section syndicale 22, formée d’enseignants dissidents, peut jouer un rôle crucial pour que devienne réalité la lutte commune de diverses corporations de travailleurs contre l’offensive du gouvernement ». La CNTE [syndicat des enseignants dont fait partie la section 22], à la remorque de laquelle le GI s’est placé depuis des années, est liée au caudillo bourgeois AMLO par l’intermédiaire de sa propre bureaucratie. Bien entendu le GI ne mentionne pas le soutien de la CNTE à Morena et à AMLO quand il confère aux enseignants dissidents un rôle « crucial » pour syndiquer d’autres travailleurs. Donc pour le GI, « l’indépendance complète vis-à-vis de la bourgeoisie » ne sera réalisée qu’une fois que des secteurs puissants comme les ouvriers du pétrole se mettront eux aussi à la traîne d’AMLO. Et alors peut-être le GI leur accordera son imprimatur comme syndicats ouvriers « authentiques ».
Bien qu’ils aient une direction procapitaliste, la défense des syndicats (les organisations de base de la classe ouvrière) contre les attaques des patrons et de leur Etat est une condition minimum pour lutter pour l’indépendance politique du mouvement ouvrier. Nous ne tirons pas un trait d’égalité entre les ouvriers syndiqués et la bureaucratie, ni entre la bureaucratie et la bourgeoisie. La classe ouvrière doit faire le ménage elle-même ! Comme l’expliquait Trotsky dans « Les syndicats à l’époque de la décadence impérialiste », la lutte pour la démocratie dans les syndicats « présuppose pour sa réalisation la complète liberté des syndicats vis-à-vis de l’Etat impérialiste ou colonial ». Il ajoutait : « Il est un fait certain que l’indépendance des syndicats, dans un sens de classe, dans leur rapport avec l’Etat bourgeois, ne peut être assurée, dans les conditions actuelles, que par une direction complètement révolutionnaire qui est la direction de la IVe Internationale. »
Hystérie bourgeoise contre les pillages
Lors des manifestations, certaines personnes ont profité de l’occasion pour se procurer quelques biens de consommation dans des grands magasins comme Elektra – qui appartient au magnat Ricardo Salinas Pliego, également propriétaire de TV Azteca – et dans des chaînes de supermarchés comme Aurrerá et Walmart. Certains ont apparemment réussi à récupérer leurs propres biens mis en gage chez d’infâmes usuriers. Cela s’est produit dans certaines des régions les plus pauvres du pays, notamment dans les Etats de Veracruz et Hidalgo, et dans les banlieues misérables de Mexico, comme Ecatepec et Zumpango. Les médias et une multitude de blogueurs petits-bourgeois ont mené une campagne de lynchage médiatique contre les « pillards ». AMLO a développé la ligne réactionnaire que le pillage constituerait une « stratégie fasciste ».
Comme un chœur de servants de messe, une grande partie de la gauche a joint sa voix aux vociférations de la bourgeoisie. Par exemple, les pseudo-trotskystes d’Izquierda Socialista [Gauche socialiste, liée à la Tendance marxiste internationale qui publie en France le journal Révolution] et du Movimiento de los Trabajadores Socialistas [la tendance « Révolution permanente » du NPA en France], qui sont à la remorque de Morena et d’AMLO, parlent d’infiltrations de partisans du PRI et d’actes de vandalisme. Cette hystérie n’est rien d’autre qu’une indifférence élitiste à la misère généralisée dans laquelle se trouvent d’énormes couches de la population. On a volé aux masses mexicaines leur pain, leur travail, leur terre et leur maison, et elles se battent maintenant pour survivre. Les quelques actes de pillage qui se sont produits début janvier au Mexique n’étaient ni une tactique radicale ni un crime du point de vue de la classe ouvrière ; ils reflétaient simplement le désespoir des pauvres. Les vrais pillards, ce sont ceux qui ont conduit le pays à la misère et à l’humiliation. Il faut mobiliser la puissance sociale de la classe ouvrière contre la répression !
La terrible oppression impérialiste que subissent les masses mexicaines a nourri les illusions nationalistes d’une fausse unité entre exploités et exploiteurs, sur la base d’un prétendu objectif commun de défendre la « patrie ». Le GEM lutte pour construire le parti prolétarien d’avant-garde qui aura pour tâche d’arracher les masses à l’influence de la bourgeoisie nationaliste-populiste, de combattre les illusions dans une réforme démocratique de l’Etat bourgeois et de canaliser les luttes des masses vers la prise du pouvoir par le prolétariat. Notre perspective, comme celle de Lénine et Trotsky, est internationaliste. Nous, les spartacistes de la Ligue communiste internationale, luttons pour reforger la Quatrième Internationale trotskyste et mener de nouvelles révolutions d’Octobre dans le monde entier.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/219/mexico.html
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La bureaucratie chinoise encourage un nationalisme réactionnaire - Le nouvel élan de l’impérialisme japonais provoque des manifestations en Chine (2005)

https://archive.is/KEciM
Le Bolchévik nº 172 juin 2005
La bureaucratie chinoise encourage un nationalisme réactionnaire
Le nouvel élan de l’impérialisme japonais provoque des manifestations en Chine
A bas l’alliance contre-révolutionnaire USA/Japon ! Pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier déformé chinois !
La campagne du référendum a été marquée par une débauche de propagande protectionniste anti-chinoise à propos des importations de textiles. Les industriels français du textile, représentés au MEDEF par Sarkozy frère, qui ont licencié en France des centaines de milliers de travailleurs depuis vingt ans, hurlent maintenant parce qu’ils ont délocalisé leurs usines en Europe de l’Est et au Maghreb au lieu de la Chine, et de ce fait ont pris du retard par rapport à leurs rivaux qui ont su investir en Chine. Cette campagne n’a rien à voir avec la défense des travailleurs en France.
Le gouvernement, en campagne pour le « oui », avait cru bon d’utiliser l’affaire du textile chinois pour présenter l’Union européenne comme un rempart protégeant les travailleurs d’Europe contre la « mondialisation ». Les tenants du « non de gauche », comme d’ailleurs du non d’extrême droite, n’avaient pas grand-chose à y rétorquer puisque tout l’axe de leur campagne contre la « Constitution » était de lutter contre la « concurrence libre et non faussée » inscrite dans le traité constitutionnel.
Une jeune étudiante chinoise, Li li Whuang, est en prison depuis le 29 avril, accusée dans une soi-disant affaire d’espionnage contre l’équipementier automobile Valeo. Le mouvement ouvrier devrait s’opposer à cette chasse aux sorcières : c’est le genre de campagne raciste qui prépare des pogromes ici contre les travailleurs d’origine chinoise, qui par dizaines de milliers sont sans papiers, férocement exploités dans des ateliers de confection. Apparemment le dossier contre Li li Whuang est vide, mais de toutes façons pour nous trotskystes l’espionnage pour le compte d’un Etat ouvrier déformé n’est pas un crime contre la classe ouvrière internationale. Nous exigeons la libération immédiate de Li li Whuang !
26 avril – Depuis un mois, des dizaines de milliers de manifestants anti-japonais sont descendus dans les rues de plusieurs villes chinoises, aux quatre coins du pays. Ces manifestations ont été provoquées par l’approbation à Tokyo de nouveaux manuels d’histoire destinés aux collèges, qui escamotent les atrocités perpétrées dans le passé par l’impérialisme japonais. Le « viol de Nankin » en 1937, quand 300 000 Chinois ont été massacrés par la soldatesque japonaise, est désormais présenté comme « un incident ». L’asservissement de plus de 200 000 « femmes de réconfort » coréennes et chinoises, contraintes de servir d’esclaves sexuelles dans les bordels de l’armée japonaise pendant la Deuxième Guerre mondiale, a été effacé de l’histoire.
La réécriture de l’histoire dans les manuels japonais est une provocation non seulement contre l’Etat ouvrier déformé chinois, mais aussi contre les travailleurs de l’Asie entière – et de fait, elle a provoqué des manifestations en Corée du Sud. C’est la dernière en date d’une série de provocations de l’impérialisme japonais contre la Chine, après la récente déclaration proclamant l’intention du Japon d’effectuer des forages pétroliers et gaziers autour des îles Diaoyutai revendiquées par la Chine. La plus significative a été la publication en février dernier d’une déclaration politique commune des Etats-Unis et du Japon affirmant que Taïwan est « une préoccupation de sécurité commune ». La plupart des manifestations chinoises, qui pour l’instant se sont pour l’essentiel arrêtées, ont été tacitement organisées ou approuvées par le gouvernement en réponse aux provocations du Japon. La bureaucratie a autorisé la poursuite des manifestations – tout en s’employant anxieusement à en garder le contrôle – pour détourner l’attention de l’agitation sociale grandissante qui ronge le tissu même de la société chinoise. Comme l’expliquait un manifestant de Shanghaï : « Les gens participent à cette manifestation parce qu’on ne les autorise pas à protester contre quoi que ce soit d’autre » (New York Times, 17 avril).
Mais ces manifestations, qui ont duré plus longtemps que toutes les autres grandes manifestations publiques en Chine depuis la révolte de Tiananmen en 1989, encouragent une réponse nationaliste aux provocations du Japon – c’est-à-dire dirigée non pas contre la classe dirigeante capitaliste du Japon, mais contre la population japonaise tout entière, les travailleurs comme leurs oppresseurs capitalistes. « Cochons japonais, dehors ! », criaient les manifestants chinois qui saccageaient des magasins japonais. Une expression de ce nationalisme a été l’appel à boycotter les entreprises et les produits japonais.
Le poison nationaliste encouragé par la bureaucratie stalinienne chinoise représente un grave danger pour les acquis de la Révolution chinoise de 1949 elle-même. Opposée qu’elle est à l’unité de classe entre les prolétariats chinois et japonais, la bureaucratie veut réaliser l’unité de tout le peuple chinois, y compris les capitalistes chinois de Taïwan et de Hongkong, contre tout le peuple japonais. Ceci a été clairement exprimé dans une récente manifestation à Hongkong, où les manifestants anti-japonais portaient le drapeau taïwanais du Guomindang, qui représente les capitalistes et les propriétaires fonciers ayant fuit la révolution. Pour la première fois depuis la guerre civile, le gouvernement chinois a récemment reçu une délégation du Guomindang venue de Taïwan ; en affichant ainsi leur attachement à l’« unité » chinoise contre le Parti progressiste démocratique taïwanais favorable à l’indépendance de l’île, les staliniens chinois montrent à quel point le nationalisme et la collaboration de classes sont profondément ancrés chez eux.
Les acquis de la Révolution chinoise – avant tout l’économie nationalisée et collectivisée – représentent une avancée historique non seulement pour les ouvriers et les paysans chinois, mais aussi pour le prolétariat du monde entier. L’expropriation des capitalistes et la mise en place d’une économie socialisée ont représenté une immense avancée par rapport à l’asservissement impérialiste et à l’effroyable oppression que subissaient jadis les masses chinoises, et ont jeté la base d’un bond formidable dans le développement économique. Et avec l’extension internationaliste de la révolution, elles pourraient jeter la base de la construction, dans l’avenir, d’une société socialiste.
Mais la Chine, depuis le début, est un Etat ouvrier déformé, dans lequel une caste conservatrice de bureaucrates, qui gouverne dans son propre intérêt étroit, bloque le développement vers une société socialiste sans classes. Depuis Mao Zedong (et y compris sous son règne), ces dirigeants bureaucrates ont colporté le dogme stalinien nationaliste de la construction du « socialisme dans un seul pays ». Répudiant en tous points le marxisme, les staliniens ont prêché tout au long de leur histoire la conception inepte que le socialisme pouvait être construit dans un seul pays – fût-il aussi arriéré matériellement que la Chine – si seulement une intervention militaire impérialiste pouvait être évitée.
Un des aspects des manifestations récentes en Chine a été l’opposition aux tentatives du Japon d’obtenir un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Pour le gouvernement chinois, cette question fait partie de ses manœuvres, dans le cadre de la « coexistence pacifique » avec l’impérialisme mondial, entre les puissances impérialistes prétendument « progressistes » ou « réactionnaires ». Par exemple, la Chine soutient les efforts de l’Allemagne pour obtenir un siège de membre permanent. La vérité est que l’ONU n’est pas autre chose qu’un nid de brigands impérialistes et de leurs victimes. Depuis la guerre de Corée jusqu’aux sanctions contre l’Irak qui ont tué plus d’un million et demi de personnes, l’ONU a montré qu’elle était une ennemie des travailleurs et des opprimés du monde entier.
L’internationalisme prolétarien révolutionnaire, et non la collaboration de classes nationaliste, est essentiel pour faire avancer les intérêts des travailleurs chinois en défendant les acquis de la Révolution chinoise, et ceux des travailleurs japonais dans leur lutte contre un impérialisme japonais revanchard. Le 13 mars dernier, dans un communiqué commun des sections japonaise et américaine de la Ligue communiste internationale contre l’accord contre-révolutionnaire entre les Etats-Unis et le Japon sur Taïwan (Workers Vanguard n° 844, 18 mars), nous écrivions :
« La Spartacist League/U.S. et le Groupe spartaciste Japon […] se prononcent pour la défense militaire inconditionnelle de la Chine et de la Corée du Nord – comme nous le faisons pour les derniers autres Etats ouvriers déformés, le Vietnam et Cuba – contre les agressions impérialistes et la contre-révolution capitaliste intérieure […].
« Depuis la Révolution chinoise de 1949, d’où l’Etat ouvrier déformé chinois a émergé, Taïwan est pour l’impérialisme US un avant-poste de ses menées contre-révolutionnaires, de ses menaces militaires et de ses ingérences dans les affaires intérieures chinoises par l’entremise de la bourgeoisie chinoise fantoche. Depuis des temps immémoriaux, Taïwan fait partie de la Chine, et nous, trotskystes, serons aux côtés de la Chine dans l’éventualité d’un conflit militaire avec l’impérialisme sur la question de Taïwan […].
« Nous sommes opposés au plan des staliniens de réunification avec Taïwan, selon la formule “un pays, deux systèmes”. Nous avançons au contraire un programme pour la réunification révolutionnaire de la Chine, qui requiert une révolution politique ouvrière contre la bureaucratie stalinienne sur le continent, une révolution socialiste prolétarienne à Taïwan pour renverser et exproprier la bourgeoisie, et l’expropriation des capitalistes de Hongkong. »
Pour l’internationalisme révolutionnaire !
Le dogme du « socialisme dans un seul pays » signifie l’opposition à la perspective de la révolution ouvrière au niveau international, et la conciliation de l’impérialisme mondial. Les manifestations récentes, par exemple, étaient exclusivement dirigées contre le Japon, exonérant ainsi les crimes de l’impérialisme US. (Apparemment, Pékin considère que dans l’alliance militaire entre les Etats-Unis et le Japon, Tokyo est la cible la plus facile.) Ceci reflète et alimente l’illusion répandue en Chine que les Etats-Unis sont une puissance impérialiste plus inoffensive. Ce sont pourtant les Etats-Unis qui en 1945 sont devenus le seul pays à jamais avoir utilisé des armes nucléaires, provoquant ainsi la mort de plusieurs centaines de milliers de civils japonais à Hiroshima et Nagasaki. Ces bombardements étaient un avertissement à l’Etat ouvrier dégénéré soviétique. Pendant la guerre de Corée, au début des années 1950, l’impérialisme US a été responsable de la mort d’environ trois millions de Coréens. Les sacrifices héroïques consentis par la Chine ont défendu l’Etat ouvrier déformé nord-coréen et ont empêché les forces américaines – qui combattaient sous le drapeau des Nations Unies – de mettre la main sur la totalité de la péninsule coréenne et d’en faire une néocolonie des Etats-Unis. Pendant la guerre du Vietnam, qui s’est achevée en 1975, plus de trois millions de Vietnamiens ont été assassinés par les efforts désespérés de l’impérialisme US pour écraser la révolution sociale dans ce pays.
Beaucoup de gens en Chine ont des illusions sur la nature de l’impérialisme US parce qu’il a combattu le Japon pendant la Deuxième Guerre mondiale. Les staliniens, qui présentent la Deuxième Guerre mondiale comme une « guerre contre le fascisme », s’étaient alliés avec les puissances impérialistes bourgeoises démocratiques – principalement les Etats-Unis et la Grande-Bretagne – contre l’Allemagne, l’Italie et le Japon.
Au contraire, les trotskystes savaient que le carnage inter-impérialiste de la Deuxième Guerre mondiale était un conflit pour la redivision des ressources mondiales de main-d’œuvre bon marché et de matières premières, dans l’intérêt des profits capitalistes. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la Quatrième Internationale, fondée par le dirigeant bolchévique Léon Trotsky et qui se basait sur l’internationalisme prolétarien, luttait pour la défaite révolutionnaire de tous les pays impérialistes. Simultanément, elle s’était prononcée pour la défense militaire inconditionnelle de l’Etat ouvrier dégénéré soviétique contre l’impérialisme, et soutenait l’autodétermination des colonies contre leur asservissement par les impérialistes, ceux de l’Axe comme ceux des Alliés.
Pendant l’occupation de la Chine par le Japon, qui a commencé au début des années 1930, les trotskystes donnaient un soutien militaire aux forces de la résistance chinoise, tout en s’opposant politiquement aux forces bourgeoises du Guomindang de Chiang Kai-shek. Avec l’entrée des Etats-Unis dans la guerre du Pacifique, l’effort de guerre du Guomindang se retrouvait subordonné de façon décisive aux intérêts de l’impérialisme US, au point que les responsables américains avaient le dernier mot sur le déploiement des forces du Guomindang. Dans ces conditions, il devenait nécessaire de préconiser une position de défaitisme révolutionnaire – pour la défaite des deux camps par la lutte de classe révolutionnaire – tant envers les USA et le Guomindang qu’envers le Japon, tout en donnant un soutien militaire aux forces du Parti communiste de Mao, qui n’étaient pas subordonnées militairement à l’impérialisme US (voir « Révolution permanente contre “front unique anti-impérialiste” – Les origines du trotskysme chinois », Spartacist édition française n° 31, automne 1997).
Un des articles de foi de la vision nationaliste des bureaucrates staliniens est que les travailleurs des pays capitalistes avancés ont été tellement corrompus par leurs exploiteurs que la lutte de classe révolutionnaire y est un rêve utopique (ou trotskyste). Pourtant, on voit au Japon des signes d’opposition à la résurgence du militarisme, y compris au sein de la classe ouvrière organisée. En 2001, environ 200 dockers du port de Sasebo, à Nagasaki, ont refusé de charger des armes et des fournitures militaires sur des navires de guerre de la marine japonaise destinées à aider les Etats-Unis dans leur guerre terroriste menée contre l’Afghanistan. Plus récemment, des centaines d’enseignants ont été licenciés ou sanctionnés pour avoir refusé de se lever pour l’Hinomaru (le drapeau national) et de chanter le Kimigayo (l’hymne national), des symboles du militarisme japonais. Ces actions ont été menées contre l’avis des dirigeants pro-impérialistes des trois principales fédérations syndicales – dont celles affiliées au Parti communiste japonais et au Parti social-démocrate – et représentent un défi frontal aux appels à l’« unité nationale » de la bourgeoisie japonaise.
Avec la multiplication des manifestations anti-japonaises en Chine, l’administration du Premier ministre japonais Junichiro Koizumi a enchaîné les provocations anti-chinoises. Avec arrogance, Koizumi a admonesté le peuple chinois en lui enjoignant d’être « plus adulte », de garder « la tête froide », et a suivi l’exemple du président Bush en réussissant à faire pression sur l’Union européenne pour qu’elle maintienne son embargo sur les ventes d’armes à la Chine.
Les provocations de l’impérialisme japonais sont encouragées par l’impérialisme US. L’été dernier, le secrétaire d’Etat de l’époque, Colin Powell, affirmait le soutien américain à la campagne du Japon pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU, tout en notant que l’Article 9 de la constitution imposée par les Etats-Unis, qui interdit au Japon d’engager des opérations militaires à l’extérieur, « devrait être examiné sous cet éclairage » (AFP édition anglaise, 13 août 2004). Plus récemment, il a été proposé de transférer le quartier général du 1er corps de l’armée américaine actuellement situé aux Etats-Unis, à Yokohama, au sud de Tokyo, où selon le Guardian de Londres (19 avril), « l’objectif principal de son déploiement avancé sera probablement la défense de Taïwan, les défis régionaux représentés par l’expansion militaire chinoise, et le face-à-face nucléaire avec la Corée du Nord. »
Les provocations du Japon et les manifestations en Chine ont été utilisées par l’extrême droite chauvine comme un feu vert pour terroriser les Chinois résidant au Japon. Les missions diplomatiques chinoises et d’autres institutions liées à la Chine ont été attaquées ou saccagées. Il y a eu des alertes à la bombe au consulat général de Chine à Fukuoka, une alerte à l’anthrax à l’ambassade chinoise de Tokyo, et une douille de balle de revolver a été envoyée au consulat chinois d’Osaka avec une lettre menaçant les citoyens chinois d’actes de violence. Le 10 avril, des coups de feu ont été tirés contre les bureaux de la Banque de Chine à Yokohama.
Finalement, le 22 avril, au sommet Asie-Afrique qui se tenait en Indonésie, Koizumi a cherché à désamorcer les tensions avec la Chine en offrant de vagues excuses pour les « dommages et souffrances terribles » provoqués par le pouvoir colonial japonais. (Le même jour, un membre du gouvernement Koizumi, avec 80 autres politiciens, effectuait un pèlerinage au sanctuaire de Yasukuni, un symbole du militarisme japonais qui honore la mémoire, entre autres, de criminels de guerre de la Deuxième Guerre mondiale.) La semaine dernière, des personnalités japonaises de poids se sont inquiétées que le maintien de la tension nuise au commerce japonais, tandis que le ministre du Commerce chinois déclarait que le boycott des produits japonais serait dommageable aux intérêts économiques des deux pays. La Chine est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Japon, et environ 18 000 sociétés japonaises ont créé des filiales en Chine. Comme l’explique le New York Times (23 avril), l’« interdépendance économique croissante » entre la Chine et le Japon « a ces derniers jours assoupli leurs positions ».
L’impérialisme japonais est déterminé à se débarrasser des contraintes du syndrome de la « nation vaincue », avec lequel il est sorti de la Deuxième Guerre mondiale. Pour ce faire, la classe dirigeante cherche à imposer une politique d’austérité économique à l’intérieur, à attiser le poison nationaliste et à renforcer l’appareil répressif nécessaire pour maintenir la loi et l’ordre capitalistes. Les nouvelles directives de défense ne se contentent pas de cibler les Etats ouvriers déformés chinois et nord-coréen ; elles renforcent aussi l’arsenal de répression d’Etat contre le mouvement ouvrier. Il y a parmi les travailleurs du Japon un mécontentement considérable et un vrai désir de lutter contre l’austérité économique, la discrimination, l’aggravation de la répression d’Etat et la guerre. Cette colère et cette combativité doivent être dirigées vers la construction d’un parti révolutionnaire trotskyste, qui fera le lien entre le combat pour la révolution socialiste au Japon et la défense militaire inconditionnelle des Etats ouvriers déformés chinois et nord-coréen.
Chine : pour la révolution politique ouvrière !
Parlant pour beaucoup de ses congénères dans la bureaucratie stalinienne chinoise, Li Rui, ancien secrétaire de Mao Zedong, a fait cet aveu d’une franchise abrupte : « Personne ne comprend le marxisme. C’est ridicule. Les idéaux du passé n’existent plus. Il est donc juste de se tourner vers le nationalisme. C’est le moyen par lequel le parti peut maintenir son système et son idéologie » (l’Observer de Londres, 17 avril). En même temps qu’une défense cynique du nationalisme comme moyen efficace de manipuler les masses, cette déclaration reflète une assimilation abusive et très courante entre marxisme et maoïsme. En réalité, le contraste violent qu’on établit souvent entre la politique de Mao et celle de son successeur Deng Xiaoping est fondamentalement faux.
Dans le cadre nationaliste du « socialisme dans un seul pays », les régimes de Mao et de Deng ont suivi des politiques différentes dans des contextes internationaux différents. Cependant, à un égard très important, leurs politiques étaient essentiellement identiques : l’alliance avec l’impérialisme US contre l’Union soviétique. Cette alliance avait été scellée en 1972, quand le président américain Richard Nixon a donné l’accolade au président Mao au moment même où les avions américains faisaient pleuvoir leurs bombes sur le Vietnam. Le rapprochement de l’impérialisme US avec la bureaucratie maoïste sur la base d’une hostilité partagée envers l’Union soviétique a conduit à la reconnaissance de la République populaire de Chine et à l’attribution d’un siège pour la Chine aux Nations Unies aux dépens de Taïwan.
L’alliance avec les Etats-Unis a été poursuivie et approfondie sous Deng. En 1979, il a ordonné à l’Armée populaire de libération (APL) d’envahir le Vietnam, le principal allié soviétique en Extrême-Orient, avec l’approbation et l’encouragement de Washington. Les Vietnamiens ont résisté efficacement et infligé de lourdes pertes – 20 000 hommes – à l’APL, qui a battu en retraite en repassant la frontière. (Puisqu’on parle de tripatouillage des manuels d’histoire, ce chapitre peu reluisant a été pratiquement escamoté par les staliniens chinois.) Pendant les dernières années de la guerre froide, dans les années 1980, la Chine a encouragé l’impérialisme américain à affaiblir et à miner l’Union soviétique – par exemple en aidant les coupe-jarrets moudjahidin qui combattaient les troupes soviétiques en Afghanistan – favorisant ainsi la campagne contre-révolutionnaire qui a anéanti ce qui restait des acquis de la Révolution russe de 1917.
Après avoir détruit l’Union soviétique, la patrie de la seule révolution ouvrière victorieuse, les impérialistes sont aujourd’hui déterminés à restaurer le capitalisme en Chine. A cette fin, ils poursuivent une double stratégie : pénétration économique pour renforcer les forces intérieures de la contre-révolution capitaliste, combinée avec une pression militaire et la menace d’une intervention armée. Les bureaucrates staliniens encouragent en fait les impérialistes par leur politique de trahison : autorisation d’investissements capitalistes massifs combinée avec une quête futile d’une « coexistence pacifique » avec les impérialistes.
Mais malgré les « réformes de marché » de la bureaucratie, le noyau de l’économie chinoise reste collectivisé. En outre, la politique économique du régime du Parti communiste est encore contrainte par la peur d’une agitation sociale – et en particulier ouvrière – qui pourrait le renverser. Cela a été à deux doigts de se produire en 1989, quand des manifestations pour la libéralisation politique et contre la corruption centrées sur les étudiants ont été le déclencheur d’une révolte ouvrière spontanée, qui devait être ensuite réprimée par le régime dans un terrible bain de sang.
La Chine est aujourd’hui une poudrière de tensions sociales prête à exploser. D’après les statistiques gouvernementales, le nombre de manifestations a augmenté de 15 % l’année dernière, et s’est élevé à 58 000. Des millions de fermiers pauvres et d’ouvriers urbains ont bloqué des routes, organisé des grèves ou manifesté contre la corruption des responsables, les confiscations de terres, la destruction de l’environnement, les licenciements et le chômage, des conditions de travail misérables et l’écart croissant entre la richesse urbaine et la pauvreté rurale. A la mi-avril, les habitants de Dongyang, dans le sud-est de la Chine, furieux du refus du gouvernement de prendre des mesures contre la pollution des usines voisines, ont chassé 1 000 policiers anti-émeute et pris le contrôle de la ville. Au même moment, près de 2 000 anciens soldats de l’APL ont organisé à Pékin une série de manifestations pour protester contre le niveau insuffisant de leurs retraites. Plus récemment, environ 10 000 ouvriers de l’usine d’appareils électroniques Uniden de Shenzen, près de Hongkong, construite avec des capitaux japonais, ont fait grève pour exiger le droit de se syndiquer. La grève a pris fin le 23 avril. Révélant comment la bureaucratie chinoise joue le rôle de fournisseur de main-d’œuvre pour les bourgeoisies impérialistes qui investissent en Chine, un gréviste déclarait au Washington Post (26 avril) : « Certains responsables syndicaux nous ont dit que nous devions coopérer, car sinon les investisseurs pourraient se retirer et aller investir ailleurs, et nous perdrions tous notre travail. »
Par sa politique de « réformes de marché », la bureaucratie chinoise renforce les forces de la contre-révolution en permettant aux impérialistes de pénétrer économiquement l’Etat ouvrier. En même temps, cette politique augmente la puissance sociale du prolétariat industriel. Les alternatives auxquelles la Chine est confrontée sont la contre-révolution capitaliste ou la révolution politique prolétarienne pour chasser la bureaucratie stalinienne et la remplacer par des soviets d’ouvriers et de paysans démocratiquement élus, organes du pouvoir prolétarien. Un parti léniniste-trotskyste est nécessaire pour apporter aux travailleurs chinois une stratégie internationaliste prolétarienne révolutionnaire. Il n’y a pas de voie nationalement limitée vers le socialisme en Chine. La modernisation de la Chine – fournir la base pour une vie décente à tous ses habitants sur la base de l’accès à la technologie avancée et aux ressources productives actuellement concentrées en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest et au Japon – requiert l’extension internationale de la révolution socialiste, essentiellement à ces puissances impérialistes, jetant ainsi la base d’une économie socialiste planifiée internationale. Ceci requiert de reforger la Quatrième Internationale de Trotsky, pour la révolution socialiste mondiale.
– Traduit de Workers Vanguard n° 847, 29 avril
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Austérité, matraquages racistes, expéditions militaires néocoloniales… A bas le gouvernement capitaliste de Hollande/Duflot ! Pour un gouvernement ouvrier ! (Décembre 2013)

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Le Bolchévik nº 206 Décembre 2013
5 décembre – Le gouvernement Hollande bat au bout d’à peine un an des records historiques d’impopularité. Démantèlement des retraites, coupes sombres dans le budget de la Sécu, blocage des salaires dans le secteur public et dans l’industrie automobile, etc. : les ouvriers et la petite bourgeoisie, écœurés par ces attaques, se détournent en masse du gouvernement ; mais chaque nouvelle attaque contre la classe ouvrière et les opprimés encourage les capitalistes à en exiger toujours plus. En pleine débandade face à leurs concurrents étrangers, notamment allemands, ils ne voient pas d’autre issue que de faire plonger encore davantage les salaires directs et indirects (retraites et prestations sociales) pour essayer de restaurer leur taux de profit.
Pourtant la classe ouvrière demeure largement paralysée par le soutien donné au gouvernement par bureaucrates syndicaux et partis réformistes (notamment CGT et PCF). Les travailleurs sont isolés dans leur entreprise à mener des luttes souvent courageuses pour arracher quelques améliorations aux plans de licenciement qui pleuvent. Il faut rompre avec ces dirigeants traîtres, qui considèrent qu’il est légitime que les ouvriers se serrent encore davantage la ceinture pour sauver les usines françaises – et surtout les profits de la bourgeoisie. Pour se sauver elle-même, la classe ouvrière doit rompre avec la collaboration de classes avec les patrons et lutter en son propre nom.
Pour l’indépendance de classe du prolétariat contre les patrons et leur gouvernement !
Mais ce qu’on a tendance à voir ces derniers temps, c’est que certains ouvriers se retrouvent mobilisés… derrière leur propre patron. Ainsi les salariés de l’usine Gad de Josselin en Bretagne, encadrés par leurs chefs, ont attaqué le 22 octobre le piquet de grève érigé devant leur usine par leurs collègues de l’usine Gad de Lampaul – au lieu de se solidariser avec ces travailleurs promis au licenciement et de partir eux aussi en grève. Il y a eu par ailleurs l’assaut mené, à la tête de ses employés, par le patron de l’entreprise de préparation de volaille Tilly-Sabco contre la sous-préfecture de Morlaix – pour exiger le maintien des subventions de l’Union européenne à l’exportation de poulets congelés.
De même, des employés de magasins ont été mobilisés en région parisienne par leur propre patron pour l’ouverture de leur établissement la nuit ou le dimanche, contre les syndicats qui essayaient de faire respecter la législation ordonnant la fermeture des commerces. Nous sommes opposés à la limitation légale des horaires d’ouverture des magasins. Le problème dans la distribution, c’est que les emplois sont à temps partiel et les salaires tellement misérables que les travailleurs – surtout des travailleuses – en sont à espérer pouvoir travailler la nuit ou le dimanche pour survivre, grâce aux quelques pour cent de prime pour travail à ce moment-là.
Les syndicats, qui sont frappés de plein fouet par la destruction de leur propre base à coups de fermetures d’usines et d’atrophie de la classe ouvrière, essaient de syndiquer le personnel du commerce. Mais ce secteur, où les travailleurs sont atomisés dans de petites unités et/ou ont des horaires fractionnés, est particulièrement vulnérable aux attaques antisyndicales. Les patrons y sont à l’offensive pour exiger la flexibilité totale des horaires de travail. Les bureaucrates syndicaux, avec leur stratégie de se raccrocher à la législation, ont ainsi permis aux patrons de mettre en branle une machine de guerre antisyndicale où ce sont les travailleurs eux-mêmes qui servent de piétaille. Le résultat risque d’être un affaiblissement supplémentaire des syndicats, et la facture sera payée par les travailleurs, ceux qui veulent travailler le dimanche et ceux qui ne le veulent pas.
Les bureaucrates syndicaux placent leurs espérances dans une législation capitaliste de l’Etat français imbibée de catholicisme : s’il y a des restrictions au travail de nuit et du dimanche, c’est en partie parce que la femme est censée être alors à la maison pour une deuxième journée de travail, le travail domestique au service de son mari et de ses enfants. Les chefs syndicaux font ainsi appel à des lois réactionnaires, au lieu de lutter pour le partage du travail entre toutes les mains, c’est-à-dire des emplois à temps complet et salaire complet (serait-ce 30 heures payées 40), qui permettraient aux travailleurs de choisir librement s’ils veulent ou non travailler le dimanche ou la nuit (avec des primes en plus). Et pour que toutes les femmes puissent travailler à plein temps, il faut des crèches et garderies gratuites et de qualité, ouvertes 24 heures sur 24, sept jours sur sept.
Le capitalisme en pleine putréfaction est manifestement incapable de satisfaire des revendications aussi simples que celles-ci, malgré les progrès technologiques immenses depuis cent ans et les millions de chômeurs et de chômeuses à la recherche d’un emploi. Cette question du travail de nuit et du dimanche, parce qu’elle va au cœur de l’oppression des femmes dans le système capitaliste basé sur la propriété privée des moyens de production, n’a en définitive de solution équitable pour les travailleurs et les travailleuses que dans le cadre du renversement révolutionnaire du système capitaliste par la classe ouvrière. Nous luttons pour forger une direction révolutionnaire dans les syndicats, à l’opposé des plans foireux des bureaucrates basés sur la législation capitaliste.
La révolte antifiscale des petits-bourgeois et la « révolution fiscale » des sociaux-démocrates
Dans ce contexte de relative atonie ouvrière et de subordination des travailleurs à leur patron et au gouvernement capitaliste de front populaire, les protestations des petits-bourgeois contre le matraquage fiscal dont ils sont victimes acquièrent d’autant plus de visibilité. L’affaire des « bonnets rouges » bretons mobilisés contre l’écotaxe a du coup polarisé la « gauche de la gauche » d’une manière qui surtout met en évidence le réformisme des diverses organisations qui la composent.
Les marxistes s’opposent sans ambiguïté à l’écotaxe, un impôt sur les poids lourds décidé par Sarkozy. Le Parti socialiste avait voté pour, surtout par souci d’orthodoxie financière et pour renflouer les caisses de l’Etat bourgeois afin d’engraisser un peu plus les banques ; les Verts, un parti bourgeois « de gauche », s’étaient abstenus sur l’écotaxe parce qu’elle n’allait pas assez loin. Le gouvernement prétend sans rire que le produit de l’écotaxe servirait à des projets d’infrastructure, notamment le développement du rail – alors même que le fret ferroviaire est en cours de liquidation progressive depuis des années, sous l’effet de la politique de rentabilisation de la SNCF mise en œuvre par les gouvernements de droite comme de gauche (y compris entre 1997 et 2002 avec un ministre PCF des transports, Jean-Claude Gayssot). En réalité, le paiement de l’écotaxe conduirait un certain nombre de petits producteurs à la faillite et en tout cas à une dépendance accrue face aux gros patrons – ceux-là même qui ont organisé les manifestations contre l’écotaxe.
Car la mobilisation des « bonnets rouges » contre l’écotaxe n’avait pas grand-chose à voir avec une initiative des victimes de ce nouvel impôt. C’est le patronat breton qui a monté toute cette opération – avec un succès qui a dépassé toutes ses espérances : l’écotaxe a été suspendue, et le gouvernement capitaliste vient de promettre deux milliards d’euros de subventions aux capitalistes locaux. Derrière la mobilisation on trouvait en effet le patron de l’entreprise textile Armor-Lux (qui s’est en plus offert un coup de publicité en produisant les fameux bonnets rouges), l’industriel Jean-Jacques Hénaff qui possède la principale entreprise de fabrication de pâté du pays, Michel-Edouard Leclerc, dont les supermarchés (comme ceux de Système U et d’Intermarché), ont fermé l’après-midi du mercredi 16 octobre en signe de protestation. Sans compter le président de la FDSEA qui organise la grande agriculture du département, le président du MEDEF breton, etc.
Malheureusement un certain nombre d’ouvriers ont pris part à cette manifestation, qui avait entre autres pour but de détourner la colère ouvrière des plans de licenciements qui se multiplient dans l’industrie agroalimentaire de la région : l’objectif des capitalistes licencieurs était en fait d’obtenir de nouvelles réductions d’impôts, tout en prétendant défendre les intérêts des travailleurs.
Le NPA, toutes cliques et fractions confondues, s’est pris d’enthousiasme pour la manifestation des bonnets rouges à Quimper le 2 novembre, qui bénéficiait également de la contribution de l’UMP sarkozyste, du « Printemps français » (un groupe fascisant dans l’orbite du Front national), du Vatican (représenté par les évêques du coin) et de divers autonomistes bretons. Le NPA a tenté de nier contre toute évidence le fait qu’il s’agissait là de mobilisations organisées par l’ennemi de classe. Pour cette manif, le NPA a construit ce qu’il présente comme un « pôle ouvrier indépendant », dont les participants devenaient ainsi officiellement la couverture de gauche de ce microcosme du capitalisme français. Une telle perspective de subordonner la classe ouvrière à ses maîtres bourgeois ne présage rien d’autre que de nouvelles défaites pour les ouvriers.
En opposition à la manifestation de Quimper il y avait les bureaucrates syndicaux qui ont organisé le même jour, avec le soutien du Front de gauche (y compris mélenchonistes et PCF), une manifestation, non pas pour dégager les rues de Quimper de la racaille fascisante et des gros patrons, mais à 70 kilomètres de là, à Carhaix. Avec Mélenchon et le PCF il y a toujours une dose de chauvinisme centralisateur, non pas « jacobin » mais bonapartiste, car c’est Napoléon Bonaparte qui avait liquidé l’autonomie administrative locale. Aucun privilège pour aucune langue ! Pour le droit d’utiliser le français ou le breton dans tous les aspects de la vie publique, y compris le droit à l’éducation bilingue !
Lutte ouvrière au côté de Mélenchon, à deux mètres à gauche
LO a essayé dans cette affaire de manger à tous les râteliers sans se salir les mains : ils ont proclamé qu’on ne pouvait pas « ne pas se sentir solidaire de la colère qui s’est manifestée le samedi 2 novembre à Quimper » (éditorial des bulletins d’entreprise, 4 novembre), tout en dénonçant la manœuvre des patrons ; et ils ont eu un cortège à Carhaix tout en pointant du doigt son caractère progouvernemental. Mais leur politique n’est au fond qu’une variante un peu radicale du médiocre réformisme du Front de gauche, dont ils essaient désespérément depuis des mois de se démarquer.
LO a ainsi fièrement pris toute sa place dans la manifestation Front de gauche du 1er décembre à Paris pour une « révolution fiscale », une version « révolutionnaire » de la 14e proposition électorale du candidat Hollande. (Le Premier ministre a d’ailleurs bien compris l’intérêt qu’il pouvait tirer de cette campagne de la « gauche de la gauche » en annonçant une remise à plat en grand de la fiscalité – dont en fait les travailleurs ont tout à craindre.) Jean-Pierre Mercier et Nathalie Arthaud, dirigeants de LO, ont gentiment aidé à porter la banderole de tête « Contre l’injustice fiscale – Taxer le capital – Non à l’augmentation de la TVA », et Arthaud a fait un discours dans la foulée de Mélenchon et Pierre Laurent (PCF) où elle a proposé sa version de la « révolution fiscale » : taxer le capital en supprimant carrément tous les impôts directs sur les salaires et tous les impôts indirects.
LO a juste oublié de dire que pour obtenir des capitalistes les centaines de milliards que cela représente en France chaque année, il ne suffirait pas de « taxer le capital », mais il faudrait briser le pouvoir des capitalistes. Il faudrait détruire l’Etat bourgeois et le remplacer par un pouvoir reposant sur des conseils ouvriers. Il faudrait tout prendre, en expropriant les capitalistes. Mais cela exigerait une révolution ouvrière, chose que Lutte ouvrière ne va pas avancer sur une tribune prêtée par Mélenchon !
Au lieu d’un programme permettant aux ouvriers de faire la transition entre les revendications immédiates et la perspective de la prise du pouvoir, LO revient à la perspective de la Deuxième Internationale d’avant Lénine et Trotsky : un programme minimum sous le capitalisme. Comme sur la photo de famille du 1er décembre, ils sont juste un peu à gauche de Mélenchon (vu de face).
Au fond, leur perspective est de redistribuer l’argent un peu différemment, un peu plus en faveur des pauvres, y compris éventuellement des « bonnets rouges » (s’ils sont des petits patrons). Mais une telle politique ne fait que montrer la faillite des directions de la classe ouvrière, même si elle est enrobée de discours que la classe ouvrière doit prendre la direction des mobilisations de petits-bourgeois ruinés et enragés par la crise. On peut gagner les petits bourgeois derrière la classe ouvrière, ou tout au moins les neutraliser, mais seulement dans la mesure où le prolétariat a à sa tête une direction déterminée à faire rendre gorge aux capitalistes qui pressurent les « petits », à détruire leur Etat et à exproprier leurs moyens de production. La politique des LO/NPA sur les mobilisations de petits-bourgeois – soit derrière les patrons comme le NPA, soit en proposant comme le fait LO des ajustements fiscaux dans le cadre capitaliste – ne peut à terme que gonfler les voiles des fascistes en confortant l’image que ces derniers cherchent à projeter : qu’ils seraient les seuls à s’opposer au « racket de l’Etat », les seuls à être radicalement « anti-système ».
Les réformistes et l’Etat bourgeois
L’Etat est un organe de répression au service de la classe dominante capitaliste, un instrument dont le rôle est de maintenir par la force le système d’exploitation des ouvriers grâce à la violence des flics, de l’armée et autres « détachements spéciaux d’hommes armés », comme le disait sans fioritures Lénine. C’est pourquoi les réformistes mentent quand ils prétendent qu’on pourrait le réformer pour le mettre au service des travailleurs et des opprimés.
Pour le PCF, qui depuis 1944 a déjà pris part par trois fois à un gouvernement capitaliste et gère lui-même l’Etat dans un nombre considérable de municipalités, l’Etat est là pour tout. Le PC, tout comme les moralistes petits-bourgeois de LO, soutient actuellement la campagne du PS pour interdire le recours à la prostitution. PCF et LO feignent d’ignorer que déjà dans le Manifeste du Parti communiste (1848) Marx et Engels expliquaient que la prostitution est le « corollaire » de la famille bourgeoise : c’est une institution inséparable de la monogamie sexuelle des femmes, elle-même pilier fondamental de la famille bourgeoise. Une telle législation renforcerait encore les pouvoirs de la police, son droit de s’immiscer dans les activités privées et mêmes sexuelles de la population, ses possibilités de faire chanter clients et vendeurs, et elle augmenterait les dangers qu’encourent nombre de personnes prostituées.
L’aggravation de l’exploitation et de l’oppression en cette période de crise capitaliste produit inévitablement les conditions d’une riposte des ouvriers et des opprimés. Mais en soi cela ne préjuge pas de l’issue de la lutte. Il faut pour cela un parti révolutionnaire, comme l’a montré la Révolution russe. Aujourd’hui les effets de la collaboration de classes au sommet de l’Etat bourgeois se font sentir jusqu’au cœur du mouvement ouvrier, où règnent la démoralisation et l’asservissement à la bourgeoisie. On voit cette régression ailleurs dans le monde, car le principal facteur matériel qui l’explique est la destruction contre-révolutionnaire de l’Union soviétique il y a vingt ans. Mais ce phénomène de régression est inégal de par le monde, et il n’est pas non plus éternel. Comme nous le disons dans notre « Déclaration de principes et quelques éléments de programme » (Spartacist édition française n° 32, printemps 1998) :
« Certes le climat idéologique de la “mort du communisme” affecte la conscience du prolétariat, mais dans beaucoup de pays du monde, des combats de classe acharnés constituent une base objective pour la régénération du marxisme en tant que théorie du socialisme scientifique et de la révolution prolétarienne. Ce n’est pas le communisme, mais sa parodie, le stalinisme, qui s’est montré sans issue. […] « Pour que l’humanité tout entière progresse, il faut que les forces, actuellement modestes, qui adhèrent au programme révolutionnaire de Lénine et Trotsky, forgent des partis ayant l’expérience, la volonté et l’autorité qu’il faut parmi les masses pour diriger des révolutions prolétariennes victorieuses. »
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/206/edito.html
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PSA Aulnay : Hollande élu pour gérer les fermetures d’usines - Pour une lutte de classe contre les capitalistes et leur gouvernement ! (Septembre 2012)

https://archive.is/lzUKz
Le Bolchévik nº 201 Septembre 2012
Moins de quatre semaines après les élections législatives et la victoire définitive du PS de François Hollande tombait l’annonce par Peugeot SA (PSA) de la fermeture de son usine d’Aulnay-sous-Bois en région parisienne. Plus de 3 000 ouvriers ont la tête sur le billot du Capital, sans compter une dizaine de milliers de travailleurs chez les sous-traitants. Il s’agit de la plus grosse usine de tout le département du 9-3, déjà sinistré par le chômage et la désindustrialisation. La misère et l’oppression raciste n’y font que s’aggraver depuis la révolte des banlieues de 2005, qui avait commencé à Clichy-sous-Bois, non loin d’Aulnay.
Il semblerait qu’en France il faille des gouvernements dirigés par le Parti socialiste pour gérer de grandes fermetures d’usines automobiles. En 1989 c’était sous un gouvernement Mitterrand-Rocard qu’avait été annoncée la fermeture de l’usine de Renault-Billancourt, fermée en 1992. En 1997 c’était au tour du gouvernement Jospin (avec participation du PCF) de faire passer la fermeture par Renault de son usine de Vilvorde, dans la banlieue de Bruxelles. Et maintenant c’est Hollande qui commence son quinquennat avec la fermeture de l’usine d’Aulnay.
Et ce n’est que le hors-d’œuvre des attaques prévues par ce gouvernement. Il a déjà annoncé une série de hausses d’impôts notamment sur les heures supplémentaires et sur le tabac, en attendant d’ici la fin de l’année une augmentation substantielle de la CSG payée par les travailleurs. Il taille à la hache dans les emplois de fonctionnaires. Il procède à la destruction systématique et sans précédent des abris précaires des Roms. Les déportations de sans-papiers se poursuivent par milliers, tout particulièrement à Mayotte où un bébé est mort dans un camp de rétention au mois d’août.
Manuel Valls, nouveau ministre des flics, a décrété des « zones de sécurité prioritaire », autrement dit le renforcement de la terreur policière raciste dans les banlieues ouvrières. Et il a eu du résultat immédiatement : à la mi-août, une violente émeute de flics, commencée par l’attaque policière d’une cérémonie de deuil d’une famille d’origine maghrébine, a secoué pendant plusieurs jours les quartiers d’Amiens. Comme sous Sarkozy, le gouvernement vise deux franges de la population que bien peu sont prêts à défendre, les Roms et les jeunes de banlieue, pour renforcer l’appareil de répression capitaliste contre toute la classe ouvrière. A bas la terreur raciste des flics contre les jeunes de banlieue ! Pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui sont ici, y compris les Roms !
Comme nous l’avions fait avec Mitterrand ou Jospin, nous avons fait campagne au début de l’année contre tout vote pour le candidat Hollande. Si Hollande s’était présenté en son propre nom comme candidat du PS, nous nous serions aussi opposés à son gouvernement capitaliste et nous aurions appelé à ne pas voter pour lui. Le PS est un parti ouvrier-bourgeois, c’est-à-dire qu’il se revendique encore (du bout des lèvres) du mouvement ouvrier et s’appuie sur les bureaucraties syndicales, mais sa direction et son programme sont totalement procapitalistes.
En France un gouvernement « de gauche », cela veut dire un bloc de partis sociaux-démocrates, comme le PS ou le PCF, avec des forces bourgeoises pour gérer ensemble le capitalisme – un « front populaire ». Avec un tel bloc, les réformistes donnent des garanties par avance que les Peugeot, les Bettencourt et les autres quelques centaines de familles qui forment la bourgeoisie française seront fidèlement servis, avec austérité anti-ouvrière, privatisations et terreur raciste. Hollande poursuit cette tradition en gouvernant avec les Verts de Duflot, les Radicaux de gauche de Baylet et le Mouvement républicain et citoyen de Chevènement. Les travailleurs doivent rompre avec les traîtres sociaux-démocrates et la collaboration de classes. Ils ont besoin de leur propre parti révolutionnaire, agissant dans leur intérêt de classe et s’engageant à lutter pour le renversement de ce système capitaliste pourri. A bas le front populaire !
Nous avions mis en garde qu’un gouvernement Hollande allait attaquer les travailleurs tout comme celui de Sarkozy, à la différence que Hollande allait bénéficier du soutien des bureaucrates syndicaux : Bernard Thibault, chef de la CGT, a ainsi appelé directement à voter pour lui. Alors que de nombreuses usines se retrouvent confrontées à des plans de licenciements, voire la fermeture pure et simple, avec PSA Aulnay en première ligne, la direction de la CGT laisse chaque syndicat se débrouiller seul. Ainsi, la hiérarchie de la CGT boycotte depuis avril toute mobilisation de sa base parisienne contre le plan de suppressions d’emplois de PSA, que ce soit pour les rassemblements du 28 juin et du 25 juillet à Paris ou du 12 juillet à Aulnay. Le soutien au gouvernement des chefs syndicaux contribue à faire dérailler les luttes des travailleurs.
Crise de l’automobile et crise du capitalisme
La crise de l’industrie automobile est profonde dans toute l’Europe, et elle reflète la crise de l’Union européenne (UE) elle-même. La crise financière mondiale, qui a éclaté en 2008 dans le secteur financier, a débouché en Europe sur une crise de surproduction tout à fait classique. Y compris en Allemagne, pratiquement le seul pays de l’UE où les ventes automobiles ne se sont pas effondrées ces derniers mois, General Motors s’apprête à fermer son usine de Bochum dans la Ruhr, une région sinistrée depuis des décennies par la crise de la sidérurgie et la désindustrialisation. Les ventes d’automobiles sont en recul de 40 % en Grèce sur les cinq premiers mois de l’année suite à l’austérité drastique imposée par Merkel et Sarkozy (maintenant aggravée par Merkel et Hollande) – tout cela dans le but de renflouer notamment les banques allemandes et françaises « victimes », par effet boomerang, de leur propre spéculation effrénée sur la dette des Etats les plus faibles de l’UE.
Nous sommes depuis toujours opposés à l’Union européenne et à ses prédécesseurs. L’UE est un consortium impérialiste instable composé d’Etats-nations distincts, dirigé par l’Allemagne et de façon subordonnée par la France. Le but de ces Etats dans l’alliance est de mieux saigner leur propre classe ouvrière au nom de la « concurrence libre et non faussée », de mutualiser partiellement la chasse raciste aux immigrés et de faire front commun si possible contre leurs rivaux impérialistes américains et japonais ainsi que contre l’Etat ouvrier déformé chinois. Nous écrivions déjà en janvier 1973 (Workers Vanguard n° 15) : « A l’époque impérialiste, les alliances entre Etats capitalistes, y compris sous leurs aspects économiques, sont tournées contre d’autres Etats, qu’ils soient des Etats avancés ou retardataires. Le Marché commun est fondamentalement une alliance instable entre le capitalisme français et le capitalisme allemand basée sur les politiques économiques les plus réactionnaires. »
Chaque gouvernement capitaliste de l’UE est le comité exécutif de sa propre classe capitaliste nationale, et ces classes se livrent entre elles une concurrence aujourd’hui exacerbée par la crise économique. L’aiguisement de ces contradictions internes à l’UE pousse inexorablement cette dernière vers l’implosion, et c’est aux ouvriers qu’est présentée la facture. Nous disons : A bas l’Union européenne capitaliste-impérialiste ! A bas la Banque centrale européenne et l’euro !
Peugeot n’a de son point de vue d’autre solution que de saccager ainsi la vie de milliers de travailleurs : les pertes sont énormes ces derniers mois ; le marché européen, qui est le principal marché de PSA, est en pleine déconfiture et cela ne peut que s’aggraver au fur et à mesure que la spirale récessionniste happe davantage de pays. Peugeot est « trop petit », c’est-à-dire que la concentration du capital se poursuit au niveau international à un niveau jamais vu et que Peugeot figure aujourd’hui parmi les perdants de cette lutte impitoyable. Un cartel de plus en plus restreint de compagnies contrôle une part croissante du marché, et ces cartels eux-mêmes ne font que préparer de nouvelles luttes plus féroces encore pour la suprématie mondiale. Ce processus inexorable, broyant les vies, broyant au passage des sociétés capitalistes séculaires, résulte de la nature même du capitalisme en tant que système irrationnel de production : la production est socialisée et centralisée dans d’immenses entreprises planifiant la production internationalement, mais la production est déterminée non par les besoins objectifs de l’humanité mais par le taux de profit qu’une entreprise peut tirer ou pas de l’exploitation de sa main-d’œuvre salariée.
Ce genre de crise économique et de concentration des monopoles a déjà conduit par deux fois l’humanité dans des guerres mondiales où des millions de travailleurs ont péri sur l’autel du profit. Une nouvelle guerre mondiale risquerait de finir avec l’annihilation de l’humanité tout entière. Lénine, le révolutionnaire bolchévique russe, l’avait déjà expliqué dans l’Impérialisme, stade suprême du capitalisme, un ouvrage d’une actualité brûlante encore aujourd’hui alors qu’il avait été écrit en pleine boucherie impérialiste de la Première Guerre mondiale, en 1916. Il n’y a pas de solution pour les travailleurs sous le capitalisme. Il faut le renverser par la révolution socialiste. L’entremêlement des économies au niveau européen ne rend que plus urgente l’extension d’une telle révolution à tout le continent pour exproprier les capitalistes et réorganiser l’économie sur la base d’une planification internationale pour répondre aux besoins de l’humanité et non à la soif de profit des capitalistes. Pour les Etats-Unis socialistes d’Europe !
Pour un programme de transition vers la révolution socialiste
L’ampleur de la crise ne fait que souligner la nécessité d’une issue révolutionnaire internationaliste. Le reste n’est que « panacée » de charlatan réformiste. Ainsi, la revendication du « partage du travail entre les usines du groupe PSA » que met en avant Lutte ouvrière (Lutte de Classe, juillet-août 2011) face au plan de fermeture de l’usine d’Aulnay, est en elle-même qualitativement insuffisante pour répondre aux attaques que subissent ces travailleurs, car le problème ne peut être résolu seulement dans le cadre de PSA. Soit ce partage se ferait avec diminution de salaire, ce que ne peuvent accepter des travailleurs qui déjà végètent au bord de la misère, soit il amènerait Peugeot, en piètre situation financière sur les marchés des capitaux, à la faillite.
Il faudrait élargir la mobilisation non seulement à tout le groupe PSA mais au-delà, y compris à l’ensemble de l’industrie automobile. Il faut lutter pour le partage du travail entre toutes les mains, sans perte de salaire, en étendant cette revendication à tous les travailleurs : non seulement tous les intérimaires doivent obtenir des contrats en CDI, mais aussi ceux qui travaillent chez les sous-traitants comme ceux de Magnetto sur le site de PSA Aulnay, ainsi que dans les usines sous-traitantes externes aux sites de PSA, où les syndicats sont encore plus faibles qu’à Aulnay et où règne souvent l’arbitraire patronal ; ces entreprises doivent être intégrées ou réintégrées dans PSA, sur la base de la meilleure grille de salaires et d’avantages sociaux. Cela pose la question d’un syndicat industriel regroupant dans une même organisation tous les travailleurs employés dans la branche et luttant pour imposer une convention collective qui soit digne de ce nom. Et cela non seulement au niveau français mais européen : les travailleurs de Trnava en Slovaquie (où le chômage des jeunes est de 40 % depuis la contre-révolution capitaliste), de Bochum (Opel) en Allemagne et de Vigo (PSA, Denso...) en Espagne doivent aussi avoir la même grille de salaires. C’est ainsi qu’on peut stopper l’offensive des patrons pour diviser entre eux les travailleurs d’Europe et les dresser les uns contre les autres.
Des milliers d’emplois d’intérimaires notamment ont déjà été supprimés à PSA ces dernières années. Le chômage ronge les quartiers de banlieue comme la cité des 3000 à Aulnay, où le chômage des jeunes avoisine les 50 % ; les enfants, les petits-enfants des travailleurs marocains ou turcs qui ont fait la fortune de Peugeot et d’autres trusts capitalistes eux aussi ont droit à un emploi décent. A travail égal, salaire égal, quel que soit le sexe ou l’origine ethnique !
Ce sont des revendications minimales pour la survie de la classe ouvrière. Les capitalistes disent évidemment qu’ils n’en ont pas les moyens, et ils n’en ont pas l’intention non plus. Pour mettre en œuvre une telle perspective, ce qui est nécessaire c’est que les travailleurs eux-mêmes prennent en charge l’organisation de l’embauche et du travail. Cela pose la question du contrôle ouvrier sur la production, et en fait du renversement de tout le système capitaliste. Cela pose la question d’exproprier les capitalistes et de réorganiser toute l’économie européenne et mondiale sur une base collectivisée, avec une planification internationale centralisée.
Les réformistes au chevet du système capitaliste en pleine putréfaction
L’obstacle à la lutte pour ce programme, le seul qui corresponde aux intérêts véritables de la classe ouvrière, ce sont les directions traîtresses de la classe ouvrière qui sont aujourd’hui complètement prostrées devant le gouvernement des patrons. Le mouvement ouvrier ici ne s’est toujours pas remis de la destruction contre-révolutionnaire de l’Union soviétique il y a 20 ans, une immense défaite qui pèse sur le moral des travailleurs en permettant aux capitalistes de poursuivre une campagne déchaînée sur la « mort du communisme », c’est-à-dire la soi-disant indépassabilité du capitalisme.
Commençons par les discours protectionnistes du ministre du Redressement du taux de profit, Arnaud Montebourg : en préconisant de plutôt fermer des usines dans d’autres pays Montebourg pousse les travailleurs de France à penser qu’ils auraient des intérêts communs plutôt avec la famille française Peugeot qu’avec les travailleurs de l’automobile dans d’autres pays. Peugeot joue d’ailleurs là-dessus en prétendant qu’il a déjà trop sacrifié à l’unité nationale en ne délocalisant pas suffisamment. La vérité c’est que les capitalistes n’investissent que selon le taux de profit qu’ils peuvent en retirer ; c’est en fonction de cela qu’ils choisissent là où ils investissent. Les travailleurs ont une arme pour contrer cette politique capitaliste du diviser pour mieux régner, c’est l’unité internationaliste de la classe ouvrière, ce qui pose la nécessité de reforger une internationale révolutionnaire, la Quatrième Internationale de Léon Trotsky.
En cherchant à empêcher la solidarité internationale des travailleurs, les sociaux-démocrates préparent de nouvelles défaites. On voit à PSA SevelNord à Hordain dans le département du Nord les premiers résultats de cette politique dévastatrice des acquis ouvriers avec l’accord signé le 26 juillet par Force ouvrière, la CGC et le SIA, un syndicat-maison à la solde de Peugeot, pour diminuer les salaires et augmenter le temps annuel de travail en échange d’un maintien de la production sur place au lieu de son transfert à Vigo en Espagne ; ce qu’il faut au contraire, c’est une lutte commune des travailleurs de Peugeot de Vigo et Madrid à Aulnay, Sochaux et Trnava (Slovaquie).
Quant au PCF, il fait maintenant le service après-vente de la promesse de Hollande/Montebourg de fermer l’usine d’Aulnay sans trop de troubles sociaux. On n’attendait rien d’autre d’un parti qui se considère comme faisant partie de la majorité présidentielle. Là où Hollande a expliqué dans son interview du 14 juillet qu’il allait offrir des subventions à Peugeot pour faire passer le plan de licenciements, Marie-George Buffet, députée PCF, s’est empressée de prétendre dans l’Humanité (16 juillet) que « l’intervention de François Hollande redonne un peu d’espoir ». Elle a osé qualifier de « phrase forte » la déclaration de Hollande que « ce plan est inacceptable », alors que Hollande avait immédiatement ajouté « en l’état » : autrement dit il est acceptable moyennant quelques pilules soporifiques comme de vagues promesses de reclassement et de formation ainsi que la création d’un « parc industriel » sur le site.
Prenons le NPA qui promeut dans ses colonnes à l’occasion la « décroissance », une idéologie capitaliste et chrétienne réactionnaire d’abstinence répandue par des curés comme Ivan Illich (voir par exemple Tout est à nous ! La revue, mai). Ces gens-là, qui souvent mènent une petite existence confortable dans des appartements bien chauffés et qui utilisent le dernier cri des communications modernes, expliquent au fond qu’après tout les travailleurs pourraient un peu, voire totalement, se passer de voiture. Ils sont la quintessence même de la régression du niveau de conscience du mouvement ouvrier ; ils expriment ouvertement l’opposition à la conception marxiste du socialisme, basée sur un développement énorme des forces productives permettant enfin de libérer l’humanité du besoin matériel.
Il reste dans le NPA quelques petits groupes qui se prétendent à gauche, par exemple la « tendance claire » dirigée par d’ex-lambertistes. C’est tout dire de leur pseudo radicalisme qu’ils cherchent à construire une organisation commune avec les « décroissants » réactionnaires et les partisans du « Conseil national de transition » libyen installé au pouvoir l’année dernière par les bombardements de l’OTAN et de l’impérialisme français.
La « tendance claire » demande dans un tract (diffusé lors du rassemblement devant le siège de PSA du 25 juillet) la nationalisation de PSA « sous contrôle des travailleurs », présentée comme la seule « solution durable ». Ce tract de 4 pages ne mentionne même pas le socialisme ou la révolution, pas même comme perspective lointaine, autrement dit il se présente explicitement dans le cadre du système capitaliste existant. Trotsky polémiquait dans le Programme de transition contre ce genre de « mot d’ordre réformiste bien vague de “nationalisation” » en précisant que l’expropriation de certains groupes capitalistes ne peut être une revendication des révolutionnaires que dans la mesure où :
« 1) Nous repoussons le rachat ; 2) Nous prévenons les masses contre les charlatans du Front populaire qui, proposant la nationalisation en paroles, restent en fait les agents du capital ; 3) Nous appelons les masses à ne compter que sur leur propre force révolutionnaire ; 4) Nous relions le problème de l’expropriation à celui du pouvoir des ouvriers et des paysans. »
La « tendance claire », elle, a non seulement fait campagne pour Philippe Poutou qui faisait campagne pour « dégager Sarkozy » (c’est-à-dire élire le front populaire de Hollande), elle refuse de relier l’expropriation de Peugeot au pouvoir ouvrier. En demandant la nationalisation par l’Etat capitaliste, elle demande simplement à celui-ci de fournir au Français Peugeot les capitaux nécessaires aux investissements de modernisation indispensables pour faire face à l’Allemand Volkswagen. Hollande/Montebourg s’est dépêché à sa manière de cracher au bassinet avec son plan de soutien à la filière automobile.
Le NPA va jusqu’à exiger de l’Etat capitaliste l’« interdiction des licenciements » (une revendication phare de Lutte ouvrière également). Mais le chômage est inhérent au capitalisme ; s’il a trop tendance à baisser les capitalistes n’ont de cesse, par divers moyens, qu’il ne remonte pour faire pression sur les salaires. De prôner l’« interdiction des licenciements », c’est faire croire que l’Etat peut servir aux travailleurs contre les capitalistes. Les marxistes au contraire expliquent que l’Etat, c’est essentiellement des bandes d’hommes armés, les flics, l’armée, les matons, dont la fonction est de maintenir par la force le système d’exploitation capitaliste. On ne peut l’utiliser pour satisfaire les besoins des travailleurs, il faut le détruire par une révolution socialiste et le remplacer par le pouvoir des travailleurs organisés en conseils ouvriers ou soviets.
Lutte ouvrière en première ligne à PSA Aulnay
Lutte ouvrière (LO) a été plus critique du plan gouvernemental, dénonçant l’hypocrisie de Hollande qui « fait semblant de s’indigner de l’attitude de PSA » (éditorial de Lutte Ouvrière du 16 juillet). A qui le disent-ils ? Lutte ouvrière déclare maintenant qu’ils se sont abstenus il y a deux mois lors de l’élection présidentielle ; ils ont peut-être dit cela confidentiellement à leur périphérie, mais par contre devant les millions de téléspectateurs, dans leur presse, dans leurs journaux d’entreprise, ils se sont contentés de parler d’un « choix personnel » entre voter Hollande ou s’abstenir (éditorial de Lutte Ouvrière du 23 avril), donnant ainsi à penser que de donner un soutien politique à Hollande par son vote était une simple question de goût. Ils ont ainsi encouragé indirectement les travailleurs à penser que l’élection de Hollande pouvait représenter un moindre mal, et ils portent ainsi eux-mêmes une part de responsabilité pour les attaques qui pleuvent maintenant. Et ceci est d’autant plus vrai pour ceux qui ont directement appelé à voter pour Hollande sous prétexte de se débarrasser de Sarkozy, que ce soit Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche ou le NPA de Philippe Poutou.
A Aulnay, le rôle principal dans la partition réformiste, c’est Lutte ouvrière qui est en train de le jouer. LO contrôle depuis des années le principal syndicat ouvrier de l’usine d’Aulnay, la CGT, et ils ont de l’influence dans la CGT d’un grand nombre d’autres usines du groupe. Il y a un an ils ont rendu publics les plans de PSA pour fermer l’usine d’Aulnay, des plans qui sont maintenant mis en œuvre jusque dans les détails. A sa fête en mai dernier, LO a tenu un grand meeting sur l’automobile où ils se sont vantés d’avoir révélé les plans des patrons et d’avoir patiemment construit depuis un an une mobilisation de jusqu’à 800 ouvriers prêts à se battre. Jean-Pierre Mercier, dirigeant de la CGT dans l’usine et candidat de Lutte ouvrière à toutes les élections (sauf aux présidentielles où il était porte-parole de Nathalie Arthaud), s’est vanté que la situation était « vraiment saine », que les travailleurs ont depuis un an en permanence « un coup d’avance » sur les patrons, etc.
Un camarade de la LTF est alors intervenu lors du débat en dénonçant la stratégie de LO de faire pression sur le gouvernement : ils venaient de passer un an à demander des entrevues à Sarkozy, champion de la promesse solennelle non tenue, pour essayer d’obtenir son « engagement écrit » en faveur des travailleurs de PSA. Mercier était tout nu. Dans son discours de conclusion du meeting, changeant complètement de registre, il s’est d’un seul coup lancé dans une diatribe contre les travailleurs d’Aulnay, les accusant de ne pas être « en colère » et de ne pas être prêts à lutter. C’est l’argument classique du bureaucrate syndical qui rejette sur les travailleurs le fait que lui-même casse toute mobilisation lutte de classe.
A Aulnay, la CGT a construit sous la direction de LO toute son activité depuis un an autour d’un bloc avec le syndicat maison, le SIA (« Syndicat indépendant de l’automobile »). A la fête de LO, Jean-Pierre Mercier insistait ainsi que le SIA est un « vrai syndicat », même si LO sait pertinemment qu’il s’agit d’une créature de la direction des « ressources humaines », celle qui maintenant met en œuvre la fermeture de l’usine. Encore il y a un an LO dénonçait le SIA dans la revue destinée à ses cadres Lutte de Classe (juillet-août 2011) : « la présence des militants du SIA est pesante » à Aulnay ; et maintenant le SIA va « peser » avec LO contre les patrons ?
Le prédécesseur direct du SIA, la CSL de sinistre mémoire, s’était livré à de brutales attaques physiques contre les militants de la CGT dans les usines de Poissy et d’Aulnay lors des grandes grèves du début des années 1980. Que ce genre de « syndicat » soit entièrement d’accord avec les tactiques préconisées par la direction de la CGT en dit long sur l’abject réformisme de Lutte ouvrière. En toute une année ils se sont contentés de faire quelques actions ponctuelles, y compris une manifestation un samedi après-midi dans la ville d’Aulnay avec le maire PS de la ville. LO donne ainsi au SIA une légitimité auprès des ouvriers, un crédit dont le SIA aura bien besoin pour casser une mobilisation ouvrière sérieuse pour défendre les emplois cet automne.
Le SIA est la continuation directe de la CSL et avant elle de la CFT et, indirectement, si l’on remonte aux origines du « syndicalisme » propatronal français au début du XXe siècle, de la Fédération nationale des jaunes de France (par opposition aux rouges de la CGT). C’est de là que vient l’appellation de « jaunes » pour dénoncer les briseurs de grève. Des militants de la CFT (Confédération française du travail) avaient en 1977 assassiné sur un piquet de grève Pierre Maître, un syndicaliste des Verreries mécaniques champenoises à Reims. La CFT s’était alors renommée CSL (Confédération des syndicats libres) et elle avait fait le coup de main contre les grandes grèves de l’automobile des premières années Mitterrand. Nous écrivions dans un article « Chassez la CSL » (le Bolchévik n° 34, juillet-août 1982) : « La CFT/CSL, c’est une organisation explicitement anti-ouvrière. Elle existait avant, mais elle a crû surtout en réaction à Mai 68. Elle est explicitement anticommuniste, anti-CGT, anti-CFDT, explicitement destinée à chasser les organisations ouvrières des usines. » La CSL a ainsi physiquement attaqué les grévistes de la CGT notamment lors de la grande grève de Talbot-Poissy (aujourd’hui PSA) en 1983-1984 (voir le Bolchévik n° 44, janvier 1984).
Jean-Pierre Mercier, qui est dans l’usine d’Aulnay depuis 16 ans, espère peut-être que les travailleurs avancés ont oublié tout cela lorsqu’il réhabilite le SIA, nouvel avatar de la CFT/CSL. Il propage ainsi l’ignorance, ce qui est typique des ouvriéristes petits-bourgeois. Mais il suffit de feuilleter quelques tracts du SIA pour voir qu’ils sont en tout point fidèles à leurs propres traditions : « Les élus SIA restent convaincus que la seule façon de nous faire entendre c’est dans le calme et la sérénité. Il est hors de question de donner l’occasion à la direction générale de dire qu’à Aulnay “c’est le bordel” car on leur rendrait service. Nous voulons conserver les emplois sur Aulnay et montrer que les salariés d’Aulnay “ne sont pas des sauvages” comme certains veulent le faire croire » (flash S.I.A./G.S.E.A. du 17 janvier 2012). On voit là tout le racisme paternaliste de ces jaunes du SIA qui enjoignent aux travailleurs marocains de montrer qu’ils sont des hommes, pas des sauvages, en aidant à sauver les profits de la famille Peugeot.
Au lieu de forger l’unité des travailleurs sur un programme de lutte de classe, contre la politique de « responsabilité » de la direction du SIA, Mercier et Cie font alliance au sommet avec celle-ci, et sur son programme de collaboration de classes avec le patron. Et cela se reflète aussi dans leur politique à l’extérieur de l’usine : toute la politique de LO à la tête de la CGT consiste à alimenter les illusions envers l’Etat capitaliste. Les opérations-spectacles envisagées avec le SIA ont elles-mêmes pour but explicite de faire pression sur le gouvernement Hollande-Montebourg. Nathalie Arthaud l’a déclaré pour LO à la télévision le 13 juillet, elle veut faire croire que l’Etat capitaliste doit et peut déclarer « nul et non avenu » le plan de Peugeot – autrement dit interdire les licenciements chez PSA.
Jean-Pierre Mercier lui-même a déclaré dans un communiqué de presse de la CGT PSA Aulnay du 15 juillet qu’au fond, à part le blabla sur une loi au parlement sur l’interdiction des licenciements (à voter par le PS, d’après Lutte Ouvrière du 20 juillet), il voudrait simplement que l’Etat capitaliste continue à subventionner le capitaliste Peugeot pour que les ouvriers soient au chômage partiel (dispositif dit APLD ou « activité partielle de longue durée ») plutôt que renvoyés directement à Pôle emploi : « L’Etat a les moyens d’intervenir : […] En imposant à PSA de respecter les accords signés comme celui sur le chômage partiel (APLD) où l’employeur s’est engagé à maintenir les emplois en contrepartie du bénéfice de subventions publiques » (en gras dans l’original).
En lui demandant d’empêcher les fermetures d’usines et de prendre ainsi une « mesure de salut public » (ibid.), LO sème la confusion parmi les travailleurs. Là où ceux-ci nous disent que Sarkozy ou Hollande c’est tout pareil et que c’est des ennemis des travailleurs, LO ramène les ouvriers à se tourner vers l’Etat capitaliste pour obtenir de l’aide de celui-ci. LO veut même utiliser l’Etat capitaliste pour régler les querelles internes au mouvement ouvrier ; la CGT de PSA-Aulnay, contrôlée par LO, est apparemment allée jusqu’à traîner le syndicat SUD devant la justice capitaliste l’année dernière ! Ce genre d’intervention de l’Etat dans les affaires du prolétariat ne peut se faire qu’au détriment de la classe ouvrière dans son ensemble. Ce n’est là qu’un exemple de comment ils alimentent les illusions dans l’Etat capitaliste. Après l’annonce des licenciements à Aulnay, leur correspondant sur place écrivait dans Lutte Ouvrière (20 juillet) : « S’il a fallu des luttes pour imposer ces acquis [comme les congés payés ou la journée de travail de sept heures], ce sont bien des lois qui ont obligé les patrons à les respecter ! Et les lois, jusqu’à nouvel ordre, c’est le Parlement qui les vote et l’Etat qui les fait appliquer. » Pour des marxistes, c’est une vérité élémentaire que les lois ne font qu’entériner le rapport des forces dans la lutte des classes et non pas l’inverse. Un parlement contrôlé par LO (hypothèse absurde pour commencer) pourrait voter toutes les lois qu’il veut, un escadron de flics viendrait un beau matin simplement disperser ces bavards le jour où la bourgeoisie déciderait que la comédie parlementaire a assez duré.
Ce que fait Lutte ouvrière à Aulnay n’est rien de nouveau. Lors de l’importante grève d’il y a cinq ans, LO avait promené les grévistes de mairie capitaliste en mairie capitaliste pour obtenir des subsides, avec l’argument fallacieux que le travail des maires c’était soi-disant de « résoudre les problèmes sociaux » (brochure de LO sur la grève d’Aulnay) ! Le travail des maires, qui représentent à l’échelon local le pouvoir exécutif de l’Etat capitaliste, c’est de résoudre les problèmes sociaux causés aux capitalistes par les travailleurs et les opprimés qui ne veulent pas rester à leur place, ce n’est pas de résoudre les problèmes sociaux causés aux travailleurs par l’exploitation capitaliste. Pour cela il faut d’autres forces et un autre programme. Comme l’écrivait Lénine dans l’Etat et la révolution (août 1917) :
« Selon Marx, l’Etat est un organe de domination de classe, un organe d’oppression d’une classe par une autre ; c’est la création d’un “ordre” qui légalise et affermit cette oppression en modérant le conflit des classes. Selon l’opinion des politiciens petits-bourgeois, l’ordre est précisément la conciliation des classes, et non l’oppression d’une classe par une autre ; modérer le conflit, c’est concilier, et non retirer certains moyens et procédés de combat aux classes opprimées en lutte pour le renversement des oppresseurs. »
Les « politiciens petits-bourgeois » de LO avaient tellement aimé le commerce des municipalités capitalistes que l’année suivante, en 2008, ils se sont présentés dans rien moins que 168 villes et bourgades. Dans plus de 60 de ces localités, LO faisait liste commune avec le PCF ; dans plusieurs autres cas, comme à Belfort, elle se retrouvait derrière des politiciens bourgeois purs et simples (Lutte de Classe, avril 2008), tout cela dans l’objectif de faire partie d’une majorité de gestion municipale ! A Aubervilliers, LO faisait campagne sur une plate-forme électorale PCF se lamentant que « le nombre de policiers affectés à notre ville est insuffisant » ! Quiconque habite ce genre de banlieue ouvrière sait que le boulot du maire, c’est de gérer les quotas racistes dans les HLM, expliquer aux parents qu’il n’y a pas de place en crèche ni à la maternelle pour les moins de trois ans – et envoyer les flics terroriser à longueur de journée les jeunes à la peau trop foncée. Nous disons que le mouvement ouvrier doit défendre les jeunes de banlieue contre la terreur raciste des flics !
Il y a cinq ans, lors de la dernière grève significative à Aulnay, LO avait fait des pieds et des mains pour offrir à la candidate d’alors du front populaire, Ségolène Royal, une plate-forme électorale devant l’usine d’Aulnay. LO avait alors prétendu que « Ségolène Royal en tournée électorale est venue dire aux grévistes qu’ils ont raison » – alors qu’en fait elle était venue enjoindre aux travailleurs présents d’être fiers de leur entreprise et « réconcilier les Français avec l’entreprise » (voir notre article dans le Bolchévik n° 180, juin 2007). LO a cyniquement utilisé la grève d’Aulnay pour préparer sa base au fait qu’elle allait quelques semaines plus tard appeler à voter pour Ségolène Royal.
Les tactiques syndicales de LO résultent de sa politique réformiste, qui sur le fond ne se différencie pas le moins du monde de celle du NPA. Elle proclamait ainsi en février 2008 dans Lutte de Classe que « Par définition, l’activité municipale, comme l’activité syndicale ne peuvent être révolutionnaires, mais sont réformistes. » Les leurs en tout cas. Ils cherchent simplement à négocier un meilleur deal avec Montebourg, Hollande et Peugeot pour les travailleurs de PSA tout en restant dans le cadre du capitalisme français en crise : une équation qui ne peut pas avoir de solution favorable aux travailleurs.
Il faut poser carrément la nécessité de renverser ce système en pleine décomposition. La révolution socialiste paraît lointaine aujourd’hui, mais la Révolution russe de 1917 a montré que c’est possible, en dépit de sa dégénérescence ultérieure sous Staline et de sa défaite finale en 1991-1992. Les bolchéviks n’avaient pas renoncé parce que la Commune de Paris avait été noyée dans le sang en 1871. Les organisations politiques du mouvement ouvrier qui vous disent aujourd’hui que le socialisme a prouvé son échec avec l’URSS sont des agents stipendiés ou inconscients de l’ordre capitaliste. La révolution prolétarienne est la seule perspective pour les travailleurs du monde. Nous luttons pour construire le parti bolchévique multiethnique, multiracial, qui un jour renversera le capitalisme dans ce pays dans le cadre d’une lutte pour les Etats-Unis socialistes d’Europe.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/201/psa.html
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